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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/366

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monopole se fait toujours sentir. C’est ce qu’on remarque notamment pour certaines denrées agricoles et pour les produits des mines et des carrières, de quelque genre qu’ils soient. Il n’en est pas de même des articles fabriqués ou manufacturés. Ici, comme la production intérieure n’a pas de limites fixes, comme les établissemens peuvent toujours se multiplier et s’étendre au gré des besoins, le monopole n’est point à craindre : à défaut de la concurrence étrangère, la concurrence intérieure suffit à la rigueur pour modérer les prix. Ce n’est pas que les restrictions mises à l’importation étrangère soient dans ce cas indifférentes ; elles entraînent, au contraire, des inconvéniens de plus d’un genre qu’il est fort désirable de voir disparaître un jour ; mais il est certain du moins que le danger le plus grave de tous, le danger du monopole, n’existe pas.

Cette vérité générale n’est pas, il est vrai, sans exception. S’il existe des fabriques ou manufactures dont le nombre soit, par une cause quelconque, limité dans le pays, elles rentrent à ce point de vue dans la catégorie des exploitations de produits naturels. Tel est, pour ne citer qu’un exemple, le cas particulier des manufactures de produits chimiques. La nature particulière du travail de ces établissemens, les dangers qu’ils présentent, d’autres causes encore qu’il est superflu de rappeler, ont déterminé le législateur à les soumettre à l’obligation d’une autorisation préalable et à l’accomplissement d’un grand nombre de formalités qui en rendent l’érection difficile et en limitent le nombre dans le pays. En ce sens, ils rentrent dans le cas des exploitations de produits naturels. Quoique la cause soit différente, l’effet est le même, puisque cet effet résulte surtout de la limitation de la production. Aussi est-il certain, en fait, qu’un monopole existe pour les manufactures de produits chimiques, et que les exploitans en abusent largement pour élever leurs prix ; mais ce n’est là qu’une exception qui ne détruit pas la règle. Il reste toujours constant qu’entre les produits naturels et les produits ouvrés, il y a, au point de vue où nous nous plaçons, une différence réelle et capitale, différence qui dérive, sinon de leur nature même, au moins des conditions ordinaires de leur exploitation.

Partant de là, on comprendra sans peine combien il importe de réduire promptement, et dans une large mesure, les droits applicables aux produits naturels. C’est le seul moyen de couper court aux monopoles et à cette exploitation trop réelle du public qui en est la conséquence. Dût le revenu de l’état en recevoir sur ce point quelque atteinte, il ne faut pas hésiter ; car de tels monopoles dessèchent un pays, paralysent ses moyens d’action, ruinent sa puissance productive et tarissent en définitive les sources mêmes où le trésor vient puiser Relativement aux produits ouvrés, il n’y a pas la même urgence. On peut donc à cet égard, sans se préoccuper trop fortement de l’intérêt des