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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/313

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REVUE DRAMATIQUE.




Un proverbe de M. A. de Musset. – Un à-propos de George Sand




L’idée de représentations nationales destinées à initier le peuple aux chefs-d’œuvre de notre scène n’a rien que, dans une certaine mesure, on ne puisse approuver. C’est par le progrès de l’intelligence et la culture de l’esprit que doit se compléter, se justifier et s’affermir cette souveraineté populaire que l’on proclame peut-être avec un peu trop de complaisance. En outre, s’il est vrai, comme l’a dit Vauvenargues, que les grandes pensées viennent du cœur, on peut ajouter que c’est au cœur qu’elles s’adressent, que c’est l’homme tout entier qu’elles moralisent et purifient. Aussi de pareilles initiations nous semblent-elles particulièrement profitables en temps de crise révolutionnaire. Il y a, chez les grands poètes dramatiques, quelque chose de profondément humain qui s’arrange mal des préoccupations exclusives et passionnées, propres à certaines phases des victoires démocratiques. Les idées qui se font jour dans le dialogue de leurs personnages ou dans la donnée générale de leurs drames ne sont pas de celles qui peuvent se plier ou s’assouplir aux circonstances, de manière à fournir une arme aux violons ou aux sophistes, mais de celles qui embrassent, dans leur large et féconde étreinte, les intérêts de l’humanité tout entière : on y trouve moins d’allusions que de vérités, moins de flatteries que de leçons. Salutaire contre-poids donné, dans un temps comme le nôtre, aux suggestions ardentes, aux entraînemens fébriles de la place publique et de la rue ! N’y aurait-il pas eu d’ailleurs un contre-sens, et comme un acte de lèse-majesté populaire, à ouvrir à tous l’accès de la vie publique, à rêver pour tous des conditions progressives