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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/302

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En voyant les crimes et les erreurs des hommes, le Christ accepte sa passion. Le mortel accablement de l’homme-dieu et sa résignation sublime ne sont peut-être pas exprimés avec assez d’énergie. J’assiste à l’agonie suprême d’un philosophe qui prend son parti devant la mort, mais je ne vois pas couler ces sueurs de sang du divin rédempteur de l’humanité. Il y a plus de délicatesse, plus d’accent et plus de science dans les cartons que M. Galimard a exposés, et dont les sujets doivent faire partie de la décoration du chœur de l’église Saint-Laurent ; mais on désirerait moins d’art et plus de sentiment religieux, plus de ces intimes convictions qu’une attitude, qu’un regard exprime, et qui se rencontrent trop rarement dans les compositions religieuses de l’époque. Exceptons toutefois de ce jugement la Vierge en prière et la Vierge intercédant pour les pécheurs, de MM. Romain Cazes et Lazerges ; ces deux jeunes artistes de grande espérance nous paraissent sincèrement convaincus. MM. Abel de Pujol, Émile Lafond et Jules Richomme ont peint différens traits de la vie des saints ; leurs ouvrages ont du mérite, le Saint Martin, de M. Richomme, se distingue même par d’excellentes qualités de dessinateur et de coloriste ; nous doutons cependant qu’ils luttent avec succès contre l’indifférence du public.

La peinture de genre ou de fantaisie est cultivée par la jeune école avec un rare succès ; les petites toiles traitées avec talent et originalité sont très nombreuses au Salon. L’Ile de Cythère, de M. Gendron, la Fantaisie, de M. Jean-Louis Hamon, les Ondines, de M. Curzon, mais par-dessus tout le Rayon de soleil, de M. Célestin Nanteuil, sont de petits poèmes délicats, distingués, qui dénotent de la part des deux premiers artistes de sérieuses études du modèle nu, de la part du dernier une admirable entente de la lumière ; sa toile scintille comme si le rayon la traversait. MM. Jadin, Naissant, Baron et Jeanron sont moins préoccupés de la forme que de l’effet et de la couleur. Chacun de ces artistes a exposé d’excellens morceaux qui vous dédommagent des longues investigations auxquelles on doit se livrer pour les découvrir dans ce grand pêle-mêle du Salon. MM. Adrien Guignet, Johannot, Fauvelet et Wattier n’ont de commun qu’une merveilleuse facilité et une entente consommée de l’effet et des ressources de la palette. M. Adrien Guignet a pris rang, cette année, parmi nos plus savans coloristes. Son Chevalier cheminant à travers des rochers et son Don Quichotte fou sont deux excellens petits tableaux. Il est fâcheux que de pareils morceaux soient relégués dans les salles de l’école française, où quelques curieux seuls peuvent les découvrir. M. Tony Johannot est tel cette année que nous l’avons toujours connu, c’est-à-dire facile et fécond. MM. Fauvelet et Wattier sont de charmans coloristes. Leur seul tort est de ne pas être eux-mêmes et de rappeler beaucoup trop directement les peintres coquets du dernier siècle : Chardin et Watteau.

M. Meissonnier, ce Flamand Français, ce Van-der-Heyden de la peinture