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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/30

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parti, de compter ses morts et de panser ses blessés. Je regagnai ma chambre, bien désireux de connaître l’état du lieutenant don Blas, mais il ne s’y trouvait plus, et le lit où on l’avait déposé était à peine foulé. Je questionnai les gens de la maison : au moment où la trêve avait été proclamée, on l’avait vu descendre l’escalier et s’élancer dans la rue. Il avait sans doute pensé qu’en raison de la concurrence, il était plus prudent de courir après ce grade de capitaine tant espéré que de l’attendre patiemment au logis. Complètement rassuré sur les suites de sa blessure, je sortis à mon tour. Le drame semblait fini. Dans les rues, on transportait les blessés, et les portes s’ouvraient partout pour les recevoir. Quant aux morts, les promeneurs enjambaient leurs cadavres avec la plus complète insouciance ; leur rôle était joué, et l’oubli commençait déjà pour eux.

Le lendemain cependant, le combat recommença, et le sang coula de nouveau dans les rues. Vaincu bientôt sans avoir été renversé, le pouvoir retira la loi du quinze pour cent ; une pleine et entière amnistie fut accordée aux révoltés, et l’on vit sortir du palais national, avec tous les honneurs de la guerre, une troupe de factieux parmi lesquels on reconnaissait avec terreur plusieurs malfaiteurs célèbres dans les fastes des prisons. Des ruines partout, du sang répandu, le retrait d’une loi particulière à un état seul, tels furent les déplorables résultats d’une insurrection qui avait entraîné à sa suite douze jours de combat et d’anarchie.


III

Dès que l’ordre parut rétabli, dès que le commerce eut repris quelque sécurité, je songeai à quitter Mexico. On venait d’apprendre que la conducta s’était remise en route. Je tenais plus que jamais à faire partie de l’escorte commandée par le lieutenant don Blas, et, le lendemain d’un jour consacré à prendre congé de tous mes amis, je traversai une dernière fois, avant le lever du soleil, les rues de la capitale du Mexique, suivi de mon valet Cecilio.

La joie que j’éprouvais à l’idée de mon prochain retour en Europe ne tarda pas à se dissiper, quand je fus dans la campagne, pour faire place à une vague tristesse. Mexico est encore entouré de lacs comme au temps de la conquête ; mais depuis trois cents ans l’aspect de ces plaines liquides, traversées par une chaussée gigantesque, a bien changé. Le temps n’est plus où les brigantins de Cortez se croisaient sur ces lacs avec des milliers de pirogues peintes. A moitié taris par l’action du temps et par les travaux de desséchement, les lacs de Mexico n’ont gardé de leur ancienne splendeur que cette teinte mélancolique qui s’attache à toute grandeur déchue. Le bruit éloigné du fusil de quelque