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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/291

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aura la durée d’une mode. Ceux qui les premiers ont ouvert la voie commencent à la déserter.

Dans les arts, si l’on n’est pas soi-même, on n’est rien. Nous croyons que l’oubli de cette vérité est l’unique cause de ce débordement de la médiocrité dont nous sommes les témoins. Une dizaine d’hommes peut-être ont la ferme volonté d’être originaux ; tout le reste de l’école se précipite à leur suite. Bien plus, parmi ces chefs de ligne, combien en est-il qui ne sont originaux qu’au second degré, et dont la manière n’a pour nous le mérite de la nouveauté que parce que tel grand artiste, dont elle n’est qu’un écho affaibli, a vécu dans le passé !

L’imitation est le principe fondamental des arts plastiques. On comprend donc que les artistes soient exposés à d’involontaires faiblesses et se laissent trop souvent aller à reproduire un motif connu au lieu d’un type original. Les organisations supérieures peuvent seules échapper à ces fatales influences ; elles savent rester elles-mêmes malgré tout. La foule n’a pas tant de scrupules ; elle imite les morts, les vivans, le bon, le mauvais, les qualités, les défauts ; elle imite tout, elle s’imite elle-même. Cette tendance à l’imitation a les conséquences les plus déplorables : elle détruit toute spontanéité, tout naturel, et nous avons peine à comprendre qu’à une époque où le mot de liberté est répété jusque sur les murailles des édifices, des hommes intelligens et qui certes, dans les affaires de la vie, savent faire preuve d’indépendance, se condamnent, du moment qu’ils prennent le pinceau, à une pareille servilité.

Qu’une école nombreuse se presse à la suite de M. Ingres, ce fait peut aisément s’expliquer. La discipline est comme attachée à sa manière abstraite et précise ; l’école de la forme et de la ligne laisse peu de latitude au caprice, et l’artiste peut s’astreindre à certaines obligations rigoureuses sans sacrifier absolument l’originalité. Mais que, dès le lendemain de leur apparition, la foule des imitateurs se précipite aveuglément dans la voie ouverte par MM. Couture et Diaz, ces peintres du naturel et de la fantaisie, et s’efforce de reproduire mécaniquement les vivantes compositions de l’un, les éblouissans caprices de l’autre, la critique ne peut trop s’élever contre un pareil abus de l’imitation. Le premier mérite de ces deux artistes, c’est la personnalité, et c’est là ce qui ne peut, ce qui ne doit pas s’imiter. Imiter la personnalité d’autrui, c’est renoncer à la sienne, c’est abdiquer sa dignité d’homme, c’est se ravaler au rôle de singe ou de grimacier.

Cette tendance à prendre modèle sur l’homme qui réussit, en amoindrissant les caractères et les talens, a pour effet d’établir entre les artistes de mêmes catégories, et, même entre ces diverses catégories, cette sorte de nivellement uniforme, abolition complète du génie et de l’art. L’égalité, ce principe des démocraties, est antipathique à la république