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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/282

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— Oh ! pas de promesses. Nous n’y croirions point ; il nous faut quelque chose de plus sûr.

Et, montrant la trappe ouverte qui conduisait au grenier

— Tu vas monter là avec la cabaretière, continua-t-il, je retirerai l’échelle pour que vous y restiez forcément jusqu’au jour, et demain le premier passant vous fera descendre ; alors nous serons en sûreté.

La Rose voulut essayer quelques objections.

— Ah ! ne discutons pas, interrompit Ragueneau impérieusement ; ceci n’est pas un choix, c’est un ordre. Nous n’avons point le temps de causer ; monte sans phrases, ou je te brûle !

Il avait saisi d’une main le bras de La Rose et lui appuyait de l’autre un pistolet sur la poitrine ; l’ancien valet devint très pâle.

— Eh bien ! à la bonne heure, balbutia-t-il ; puisque c’est le seul moyen de te rassurer, j’y vais.

Il monta en effet sans nouvelle réclamation, et la vieille femme le suivit.

Dès que tous deux eurent franchi la trappe, Ragueneau retira l’échelle, courut à Céleste qu’il porta dans le fourgon, y fit monter Eulalie et partit au galop de son attelage.

Le ciel était serein, la route déserte ; il laissa le caisson ouvert afin que les deux voyageuses pussent respirer librement. Loin d’être troublé par les cahots, le sommeil de la malade sembla devenir plus profond. La tête appuyée sur les genoux de sa sœur, elle demeura immobile, et sa respiration, d’abord bruyante, s’affaiblit insensiblement. Eulalie, rassurée et vaincue par la fatigue, se laissa aller elle-même à une de ces somnolences combattues qui, sans vous procurer le rafraîchissement du sommeil, vous enlèvent la lucidité de la veille. Les yeux à demi entr’ouverts, elle voyait, au milieu de cette obscurité lumineuse des nuits étoilées, les arbres de la route, les auberges solitaires, les hameaux silencieux, passer rapidement comme les images fugitives d’un rêve. Ce fut seulement aux premières lueurs du jour, et en sentant le fourgon s’arrêter, qu’elle sortit de cette demi-extase. Les fugitifs se trouvaient devant une maison écartée ; la porte s’ouvrit, des voix amies appelèrent Eulalie et Céleste ; elles étaient arrivées !

Après le premier échange d’embrassemens et de larmes, on porta Céleste, toujours sans mouvement, sur le canapé d’un petit salon. Ce fut alors seulement que Maurice, surpris de cette persistante immobilité, se pencha vers elle avec inquiétude. On n’entendait plus le bruit de son haleine. Il toucha ses mains ; elles étaient froides. Il tourna vivement son visage vers la lumière ; les narines étaient contractées, les lèvres couvertes d’une écume desséchée, les yeux vitreux et entr’ouverts. Saisi d’épouvante, il appela Eulalie et ses hôtes, qui crurent d’abord