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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/242

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faim, et sachez-le bien, dût votre cœur en frémir, vous donnez le signal de la guerre sociale.

Le christianisme, tel que le comprenaient les premiers apôtres, prêchait le renoncement absolu aux biens de ce monde : c’était immoler l’individu à la société. Les apôtres du socialisme nouveau, en recommandant à l’homme la recherche exclusive du bonheur, en mettant en première ligne, dans leur code, les droits de la personne, immolent la société à l’individu. L’une et l’autre doctrine dans l’application seraient également dangereuses : quand on enseigne à l’homme qu’il doit tout souffrir, l’on condamne la liberté, la richesse et l’industrie ; quand on lui apprend, à cet être dont la vie est semée de douleurs, qu’il doit écarter à tout prix la misère et la souffrance, on lui interdit la vertu.

C’était peu de proclamer le droit au travail. Le gouvernement provisoire a prétendu changer les conditions du travail dans la société. Ce qui eût semblé déjà téméraire par un temps prospère et pour un nid à expériences comme la principauté de Monaco ou la république de Saint-Marin, on va le tenter au milieu d’un état social battu par la tempête et pour une république de trente-six millions d’habitans ! Pourquoi pas ? Nos modernes Archimèdes n’ont-ils pas trouvé le levier avec lequel on peut soulever le monde ? Voici les considérans du décret qui institue la commission des travailleurs :


« Considérant que la révolution faite par le peuple doit être faite pour lui ; qu’il est temps de mettre un terme aux longues et iniques souffrances des travailleurs ; que la question du travail est d’une importance suprême, qu’il n’en est pas de plus haute, de plus digne des préoccupations d’un gouvernement républicain ; qu’il appartient surtout à la France d’étudier ardemment et de résoudre un problème posé aujourd’hui chez toutes les nations industrielles de l’Europe ; qu’il faut aviser, sans le moindre retard, à garantir au peuple le fruit de son travail ;

«  Le gouvernement provisoire de la république arrête :

« Une commission permanente, qui sera intitulée : Commission du gouvernement pour les travailleurs, va être nommée avec mission expresse de s’occuper de leur sort.

« Pour montrer quelle importance le gouvernement de la république attache à ce grand problème, il nomme président de la commission du gouvernement pour les travailleurs un de ses membres. M. Louis Blanc, et pour vice-président un autre de ses membres, M. Albert, ouvrier.

« Des ouvriers seront appelés à faire partie de la commission. Le siége de la commission sera au palais du Luxembourg. »

LOUIS BLANC, ARMAND MARRAST, GARNIER-PAGÈS.


Voilà quels ont été les humbles débuts du pouvoir qui exerce déjà un si fatal ascendant sur nos destinées. Inventée pour servir de centre aux études du gouvernement et des ouvriers eux-mêmes, cette commission consultative est bientôt devenue un instrument d’action, un