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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/228

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(thugs) qui cherchaient de bonne foi dans le meurtre et la rapine les moyens de faire leur salut. Félicitons aussi le gouvernement d’avoir enfin renoncé à cette taxe sacrilège qu’on levait, récemment encore, sur les pèlerins qui croyaient obéir à une inspiration divine, en cherchant la mort dans les eaux sacrées que forme le confluent du Gange et du Jumma.

Le gouvernement a été moins heureux et moins habile dans une lutte récente contre des excès déplorables dont la répression intéresse cependant l’humanité tout entière. Il existe aujourd’hui dans l’Inde, à cent lieues de Calcutta, une tribu sauvage, la tribu des Khonds, qui sacrifie des victimes humaines à ses idoles, et qui se nourrit de la chair des hommes qu’elle a égorgés. Le gouvernement envoie tous les ans une compagnie d’infanterie sur la scène de ces boucheries, mais c’est quand le couteau du sacrificateur a cessé de frapper, c’est quand l’autel est levé que commence cette promenade militaire. « Les renseignemens que j’ai obtenus sur les sacrifices humains, écrivait en 1838 un officier que l’on avait chargé du triste rôle de compter les morts, le lieutenant Hill, me fait supposer que ce rite barbare est pratiqué sur une plus vaste échelle et dans une plus grande portion de pays qu’on ne le croit généralement. Je ne sais rien de positif sur les montagnes qui s’étendent au nord de Goomsur, mais je ne doute pas que sur toute la chaîne il en soit de même qu’à Bustar, où les sacrifices sont très fréquens. On se souvient encore ici d’un grand sacrifice qui fut offert il y a douze ans. C’était à l’occasion d’une visite que le rajah de Bustar se proposait de rendre au rajah de Rajpore, et on dit que vingt-six ou vingt-sept hommes furent immolés, tous dans la fleur de l’âge. J’ai de fortes raisons de croire que, dans les bois qui avoisinent Chuttighur, les Khonds sont anthropophages et se nourrissent de la chair qu’ils ont consacrée. Je sais de source certaine qu’il y a dans une seule localité deux cents enfans qui sont voués à une mort prochaine. A Goomsur, plus de cent enfans ont été rendus à leurs parens, mais il en reste encore un très grand nombre. Avec de pareilles données, on frémit en se demandant quel peut être le nombre des captifs que les Khonds destinent aux sacrifices. »

En présence de ces horribles révélations, le devoir du gouvernement était d’intervenir avec promptitude pour venger les lois de l’humanité méconnues par une secte barbare. Cependant, en 1841, trois ans après que le rapport du lieutenant Hill lui avait été communiqué, la compagnie n’avait encore rien fait. A cette époque, le gouvernement de Madras prit l’initiative et proposa quelques mesures qui furent approuvées par le gouvernement suprême ; mais quelles étaient ces mesures ? Le croira-t-on jamais ? Pour apprivoiser ces hordes farouches, pour imprimer le cachet de la civilisation sur ces moissonneurs impitoyables, ce