Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/221

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et au moyen de quels procédés la compagnie obtient, les frais de la guerre et de l’administration intérieure étant couverts, une balance financière qui, année commune, ne s’élève pas à moins de 50 millions de francs.

Les musulmans avaient respecté les lois hindoues qui régissaient la propriété, et les institutes de Menou étaient en pleine vigueur, quand les Anglais arrivèrent dans l’Inde. Ainsi les terres en culture appartenaient à celui qui le premier les avait défrichées, et les enfans mâles succédaient à la propriété par égales portions. Chaque village choisissait un notable qui gérait les intérêts administratifs et municipaux de la communauté, et qui, en matière fiscale, correspondait directement avec le chef du district. Cette charge donnait droit à une légère redevance sur toutes les terres du village et à une exemption d’impôts sur les terres qui appartenaient au notable lui-même. L’officier supérieur du district était en rapport direct avec le ministre des finances, et les états qu’il fournissait servaient de base pour répartir les impôts selon les ressources de chaque localité. Le chef du district et le notable du village observaient la même règle, chacun de son côté, l’un en imposant le village ; et l’autre en imposant les habitans.

On comprend que ce système patriarcal ne pouvait trouver grace devant les Anglais. Sous le prétexte de donner plus d’unité et d’activité à l’action de ses fonctionnaires, la compagnie se borna d’abord à modifier l’ordre établi. Après bien des tâtonnemens, bien des essais qui tendaient tous à grossir les revenus du trésor, on imagina enfin, sous le gouvernement de lord Cornwallis, de supprimer d’un trait de plume tous les petits propriétaires, et on feignit de croire que les notables étaient les seuls maîtres de la terre sur laquelle ils avaient jusqu’alors perçu l’impôt [1]. L’idée était neuve, le coup était hardi ; mais comment ne pas être tenté par les avantages qui devaient en résulter ? D’abord, en s’assurant l’appui des principales familles du pays et en réduisant le nombre des propriétaires, on trouvait le secret de cette unité, de cette activité si nécessaires dans la perception des impôts. De plus et surtout, on avait ses coudées franches pour taxer ceux que l’on venait d’enrichir, et, en fixant l’impôt à 60 [2] pour 100 sur le produit de la terre, on ne se départait pas encore de la modération qui convient à un gouvernement juste et libéral. Aussi est-ce en parlant de cette modération que lord Brougham a dit que « sur 20 shellings elle en mettait 18 dans la poche du gouvernement. »

Pour ne pas ralentir l’essor de l’industrie agricole, au sort de laquelle était intimement lié le succès de cette combinaison, il fallait entourer le nouveau propriétaire de quelque protection et lui faciliter

  1. Rammohan Roy’s, Revenue system of India.
  2. The Zemindar and the Ryot. — Calcutta Review, déc. 1846.