Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/147

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


machines, et depuis que l’ouvrier, commandant aux élémens, appelle à son aide, comme autant d’esclaves dociles, l’air, l’eau et le feu ?

On a long-temps cherché la richesse dans la possession des métaux précieux, qui n’en sont que le signe. On a cru que les nations les plus opulentes et les plus puissantes étaient celles qui possédaient la plus grande quantité d’or et d’argent. De là, ces expéditions qui emportèrent les héros de la fable à la conquête de la toison d’or, et les Espagnols à la conquête des mines du Pérou et du Mexique. Mais, depuis l’avènement ou plutôt depuis la renaissance de l’industrie, chacun sait que la richesse consiste dans la production, et que la production, pour se développer avec toute sa puissance, exige l’harmonie la plus complète du capital avec le travail. Que le capitaliste puisse être tenté quelquefois d’accroître sa part aux dépens de l’intelligence et de la main-d’œuvre, nous n’entendons pas le nier d’une manière absolue ; mais deux faits qui se produisent concurremment prouvent qu’il n’y a pas là un danger sérieux pour la génération actuelle : nous voulons parler de la hausse normale qui s’opère dans les salaires, pendant que le loyer des capitaux baisse en proportion. Les profits que le manufacturier attendait autrefois de la différence entre le prix de revient et le prix de vente, il les calcule aujourd’hui, en nivelant le plus qu’il peut cette différence, sur la masse même des produits. La part du capital diminue ainsi de tout ce que le fabricant abandonne à la consommation et à la main-d’œuvre ; le bénéfice de la production se répartit entre tous et n’appartient par privilège à personne. J’admets cependant une association encore plus étroite entre le capitaliste et l’ouvrier ; mais j’attends ce dernier progrès de la liberté, qui nous a donné tous les autres.

Le dernier des paradoxes que M. Louis Blanc donne pour bases à son organisation du travail est l’égalité des salaires. Laissons-le exposer lui-même, pour plus d’exactitude, cette incroyable théorie.

« Il y a à choisir entre deux systèmes, ou des salaires égaux ou des salaires inégaux ; nous serions partisan, nous, de l’égalité, parce que l’égalité est un principe d’ordre qui exclut les jalousies et les haines.

« On pourra nous objecter : « L’égalité ne tient pas compte des aptitudes diverses ; » mais, selon nous, si les aptitudes peuvent régler la hiérarchie des fonctions, elles ne sont pas appelées à déterminer des différences dans la rétribution. La supériorité d’intelligence ne constitue pas plus un droit que la supériorité musculaire ; elle ne crée qu’un devoir. Il doit plus celui qui peut davantage voilà son privilège !

« On pourra objecter encore : « L’égalité tue l’émulation. »

« Rien de plus vrai dans tout système où chacun ne stipule que pour soi, où les travailleurs ne sont que juxtaposés, n’agissant qu’à un point de vue purement individuel et n’ont aucune raison d’établir entre eux ce que j’appellerais le point d’honneur du travail ; mais qui ne sait que, parmi les travailleurs associés, la paresse aurait bien vite le caractère d’infamie qui, parmi les soldats