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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/130

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Nous ne savons s’il est utile, s’il est nécessaire de combattre ainsi et à l’avance des doctrines qui n’ont encore trouvé nulle part le droit de bourgeoisie, depuis le jour déjà si éloigné où elles se sont produites ; mais, comme tous les systèmes que soulève la question de l’organisation du travail y viennent aboutir par une nécessité fatale, comme il importe d’en signaler le danger, comme nous sommes arrivés à cette heure où chacun doit se rendre un compte sévère des opinions qu’il peut être appelé à consacrer par les plus douloureux sacrifices, il nous a paru que la manifestation de toute pensée individuelle, bien qu’insuffisante et défectueuse, était plus qu’un droit, presque un devoir.


III

Si la doctrine que nous venons de combattre ne renferme pas la solution du grand mystère qu’il est si urgent d’éclaircir, en serons-nous réduit à reconnaître que la question de l’organisation du travail est de celles qu’il ne faut point poser, et comme elle semble la cause, l’objet principal de la révolution de 1848, à condamner cette révolution à un douloureux avortement ?

Nous avons dit plus haut l’urgence, la nécessité de la recherche d’un inconnu qui ne peut être introuvable, quoiqu’il n’ait pas été trouvé ; nous disons maintenant que la question ne semble insoluble que parce qu’elle est mal engagée, et que, si au lieu de poursuivre une formule entièrement neuve pour un système qu’on a le tort de représenter comme radicalement nouveau, par conséquent d’exiger ce qui est impossible et serait erroné ; si, au lieu de s’adresser uniquement à l’inspiration et à l’invention, on demandait à la réflexion, à l’expérience, à la science du passé, les leçons qu’elle peut encore donner, on serait bientôt amené à reconnaître que la question n’est ni si considérable ni si nouvelle qu’on veut bien le prétendre, et qu’il n’est pas si difficile d’y répondre.

De quoi s’agit-il donc en effet, et quelle est la vérité nouvelle qui vient de luire sur le monde, quel est le fait présent si incompatible avec le passé, qu’il doive bouleverser la surface et les profondeurs des sociétés humaines ?

Quand le fils de Dieu est venu nous apporter la parole de vie, quand il a substitué au culte exclusif de la patrie, à cette absorption du citoyen dans l’état que l’école économique moderne renouvelle du monde païen, le sentiment de la dignité individuelle et la doctrine fraternelle de la charité, a-t-il prêché cette substitution violente, immédiate, radicale ? Loin de là, il a approprié l’esprit nouveau aux formes antérieures ; son église l’a suivi dans les même voies, elle a emprunté aux religions anciennes