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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/121

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LES


QUESTIONS DU JOUR.




I

La révolution de février 1848 n’est point une révolution politique elle n’a été faite par aucun parti, elle n’a pas même été prévue par ceux à qui elle profite, encore moins par ceux qu’elle a renversés ; pour tous, elle a été une véritable surprise, pour la plupart une seconde journée des dupes, si cette comparaison était convenable en aussi grave occurrence, tant les hommes et les idées qui en ont été le prétexte ont été dépassés et oubliés pendant et après l’événement.

Ce n’est, tout le monde le reconnaît, rien moins qu’une révolution sociale, et, si la soudaineté du choc explique pourquoi le résultat en a été si peu disputé, l’importance de ce résultat explique comment il a été accepté sans contestation dans le présent, sans dissentimens pour l’avenir. Quand un parti politique succombe, les vaincus de la veille, après une résistance plus ou moins prolongée, songent à une revanche pour le lendemain et se tiennent, en l’attendant, à l’écart et dans une réserve hostile. Quand il s’agit de l’établissement d’une société nouvelle, chacun de ses membres ne peut et ne veut se dispenser d’y concourir. C’est un navire en détresse ; si, pendant le calme, quelques rivalités ont éclaté quant au choix du capitaine, à l’heure du danger un seul sentiment éclate, celui du ralliement et de l’action.