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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/11

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SCENES DE LA VIE MEXICAINE.




LE CAPITAINE DON BLAS
ET LA CONDUCTA DE PLATAS.




I

Le jour approchait où j’allais quitter Mexico pour gagner Vera-Cruz et de là l’Europe. J’en étais à me consulter sur le mode de transport dont je devais faire choix. Depuis quelques années déjà, une entreprise américaine avait, dans plusieurs directions, établi un service de diligences ; déjà aussi des chariots de bagages faisaient concurrence sur presque toutes les routes aux pittoresques caravanes des arrieros. Devais-je sacrifier mes habitudes de pèlerin solitaire au plaisir de faire en quatre jours le trajet de Vera-Cruz à Mexico ? Il fallait dès-lors renoncer à l’hospitalité de la venta si douce après une longue marche, à la sieste sous l’ombre des arbres, à l’intimité du cheval et du cavalier, à tout l’imprévu du voyage. Je n’avais pu voir, je l’avoue, sans quelque répugnance cette innovation étrangère qui ne mettait plus Vera-Cruz qu’à quatre journées de Mexico. Je sentais que, sous l’influence de communications plus rapides l’ancienne physionomie du Mexique devait tendre à s’altérer. J’en gémissais comme un antiquaire qui voit une médaille rare, profanée par des mains indiscrètes, perdre chaque