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et de son unité ; elle est tout assise. La loi brutale de la terre, inutile pour la contenir ou la fixer, la gêne et l’écrase ; le citoyen a déjà entrevu les règles de l’équité pure bien au-dessus de ce droit étroit dont l’empire l’avait façonné ; il veut être le sujet d’une personne morale et non point l’esclave de son domaine ou de sa coutume ; il comprend un ordre moins grossier, une hiérarchie plus intellectuelle : la révolution française a consommé l’avènement de l’état en le dégageant de ses dernières enveloppes féodales ; elle est, si j’ose dire, le triomphe du spiritualisme politique.

Ainsi donc trois âges dans l’histoire : l’âge du clan ou de la tribu, l’âge du fief, l’âge de l’état, trois degrés par lesquels l’homme arrive à mettre dans l’obéissance cette suprême dignité de n’obéir plus qu’aux idées et pour l’honneur des idées. Mais quand on est du bord auquel appartient M. de Courson, quand on professe ces pieuses théories dont il se croit l’apôtre et dont il n’est certainement pas le martyr, quand on appelle comme lui les doctrines de la constituante « de creuses maximes et de folles billevesées, » alors où va-t-on ? Ce que l’on veut avant tout persuader, c’est qu’il n’y a point dans l’histoire cette initiation volontaire de l’humanité s’élevant ainsi d’elle-même à sa grandeur ; c’est que l’homme et la société, créés dans leur excellence, ne peuvent rien ajouter à leur fortune par le travail des siècles. Il n’y a donc au monde qu’une société légitime, la société primitive de la famille divinement instituée pour rester à jamais sous une loi d’autorité ; la nôtre ne compte pas, puisqu’elle n’est, depuis trois ou quatre cents ans, que désordre et confusion, et, quant à la société féodale, la vraie, la pure féodalité, c’est encore la famille. Voilà l’erreur sur laquelle M. de Courson a épuisé tout son temps et toute sa science ; il lui fallait faire naître la féodalité en même temps que l’homme, il n’a pas cru pouvoir établir à moins que « la féodalité n’était pas née comme un champignon sur du fumier pendant une journée d’orage ! » Personne cependant, même avant que l’Académie eût couronné cette révélation peu nouvelle, personne ne contestait que la féodalité eût ses racines dans les âges qui l’ont précédée ; mais personne, fût-ce même en dépit de l’Académie, personne ne voudra croire que la féodalité soit tout entière dans l’organisation naturelle de la famille, du clan, de la tribu, et qu’elle eût été, par conséquent, très agréable aux peuples, si les rois ne l’avaient méchamment gâtée.

En prêchant ainsi l’identité de la famille primitive et de la société féodale, M. de Courson ne s’est pas aperçu qu’il oubliait seulement le principe fondamental de la féodalité, la place que prenait désormais la terre dans tous les rapports de la vie ; il n’a pas compris que le clan reposait sur l’unique lien de la personne à la personne, l’ensemble du système féodal sur le lien de la personne à la terre ; il a fermé les yeux pour