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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/948

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descendre, le glacier de l’Arve jusqu’aux environs de Genève. Mais il ne faut pas oublier qu’un glacier descend d’autant plus bas que le cirque d’où il provient est plus vaste ; or, des glaciers, ayant pour bassin d’alimentation toutes les vallées et toutes les gorges élevées au-dessus de 1 950 mètres de hauteur, descendront, par cela seul, beaucoup plus bas qu’auparavant. Ainsi, l’action réunie de ces deux causes, l’abaissement de la ligne des neiges éternelles et l’agrandissement des cirques, causes dont chacune, prise isolément., suffirait pour expliquer l’ancienne extension des glaciers, nous fait très bien comprendre comment celui de l’Arve a pu jadis s’avancer jusqu’aux environs de Genève. N’oublions pas que cette extension a été l’œuvre d’une longue suite de siècles dont le nombre nous est, pour ainsi dire, révélé par ces millions de blocs que le glacier a lentement et successivement charriés du pied du Mont-Blanc jusqu’aux bords du Léman.

Le climat qui a favorisé ce développement prodigieux des glaciers n’a rien dont nous ne puissions nous faire une idée fort exacte : c’est le climat d’Upsal, de Stockholm, de Christiana et de la partie septentrionale de l’Amérique dans l’état de New-York Les géologues, qui n’hésitent pas à élever de 10 à 20 degrés les températures moyennes des zones froides ou tempérées pour expliquer la présence dans le sein de la terre de fougères tropicales ou d’animaux des pays chauds, auraient mauvaise grace, ce me semble, à s’effaroucher de cette altération de la température moyenne annuelle, parce que le changement proposé se fait dans un autre sens, et que le thermomètre descend au lieu de monter. Si l’on accorde que le climat d’une portion du globe a pu changer, il est aussi légitime de supposer qu’il s’est refroidi que d’admettre qu’il s’est réchauffé, et diminuer de 4 degrés la température moyenne d’une contrée pour expliquer une des plus grandes révolutions du globe, c’est, à coup sûr, une des hypothèses les moins hardies que la géologie se soit permises.

Discuter les causes qui ont produit cet abaissement de température, indiquer les changemens géologiques ou météorologiques qui ont amené cette longue période de froid, me paraît une tentative tout-à-fait prématurée. Il faut, avant tout, dresser la carte de l’ancienne extension des glaciers ; or, c’est à peine si elle est ébauchée pour les Alpes, les Vosges et les montagnes de l’Écosse. D’anciennes moraines existent dans les Pyrénées, l’Altaï, le Caucase et l’Atlas ; mais personne n’a encore entrepris la topographie des glaciers qui les ont poussées devant eux. La Suède, la Norvège, le Danemark, la Finlande, le nord de l’Amérique, étaient couverts de grandes nappes de glace, dont la limite méridionale reste encore à déterminer. Que dire, par conséquent, de positif sur les causes d’un phénomène dont nous ignorons l’étendue ? N’imitons pas nos prédécesseurs, dont la brillante imagination appuyait les généralisations