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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/939

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mène au hameau de Merlet, il trouverait, entre 336 et 350 mètres au-dessus de la vallée, des roches moutonnées, c’est-à-dire arrondies et polies comme celles que l’on rencontre sous les glaciers actuels.

Après avoir traversé la moraine de Montcuar, le voyageur marche sur un terrain formé de cailloux roulés, amenés par les torrens dont il reconnaît encore les lits desséchés ; mais, s’il jette les yeux sur la rive droite de l’Arve, il aperçoit de loin des blocs erratiques et de grandes surfaces polies presque verticales. Il se trouve alors près du village des Ouches, le dernier de la vallée de Chamonix. C’est là que le glacier a laissé les traces les plus variées et les plus évidentes de son passage. Les pressions énormes qu’il a dû exercer pour forcer l’entrée de la gorge étroite des Montées, le changement de direction de la vallée, tout contribuait à produire ces phénomènes que nous observons au pied des promontoires ou près des rétrécissemens qui resserrent le lit des glaciers actuels.

En face du village des Ouches, sur la rive droite de l’Arve, s’élèvent trois monticules d’une forme caractéristique : ils sont arrondis en amont et escarpés en aval. On reconnaît aisément que la force qui a usé les couches inclinées de stéaschiste argileux dont ils se composent venait du haut de la vallée, et a épargné la face tournée vers le bas. De là cette croupe arrondie en amont qui se termine brusquement par un escarpement tourné en sens opposé. Examinons ces collines de plus près ; partout, sur le sommet et sur les flancs, nous trouverons ces cannelures rectilignes, ces stries fines dirigées dans le sens de la vallée que les glaciers seuls peuvent tracer, et, pour achever la démonstration, de nombreux blocs de protogine, souvent énormes, aux angles aigus, aux arêtes tranchantes, reposent sur ces surfaces polies et striées. Jusqu’à la hauteur de 593 mètres, toute la montagne de Coupeau, au-dessus de la rive droite de l’Arve, est couverte de roches moutonnées qui disparaissent, pour ainsi dire, sous d’innombrables blocs erratiques. Les stries qui sillonnent ces roches ne sont pas horizontales ; elles ne sauraient l’être, car cette montagne formait un promontoire saillant dans la vallée, et le glacier s’est redressé contre l’obstacle qui s’opposait à sa marche, il a buriné des stries ascendantes qui se relèvent d’amont en aval, comme celles que nous avons signalées sur le glacier de l’Aar, au pied du promontoire qui porte le pavillon de M. Agassiz.

Ainsi les traces les plus probantes qu’un glacier puisse laisser de son passage à l’entrée d’un défilé, collines arrondies en amont, escarpées en aval, roches moutonnées avec cannelures et stries rectilignes, horizontales au fond de la vallée, ascendantes sur le promontoire qui la rétrécit, moraine latérale composée de blocs anguleux suspendus aux flancs des montagnes, se trouvent réunies à l’entrée de la gorge des Montées.

Il est des savans qui attribuent encore tous ces phénomènes à l’action