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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/936

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ceux de la vallée de Grindelwald. A 300 mètres de l’escarpement terminal, les torrens qui en sortent ne roulent plus que des cailloux arrondis, mais lisses et complètement dépourvus de stries. Je m’en suis assuré de la manière la plus positive. De son côté, M. Édouard Collomb a résolu la question d’une manière expérimentale. Il a pris des cailloux striés par les glaciers et les a placés avec du sable et de l’eau dans un cylindre horizontal auquel on imprimait un mouvement de quinze tours par minute seulement. Au bout de vingt heures, toutes les stries avaient disparu. Aussi en chercherait-on vainement sur les cailloux roulés par les torrens les plus violens ou sur les galets que le flux et le reflux de la mer brasse continuellement en les poussant sur la grève pour les ramener ensuite vers le large.

Grace à ces détails, nous l’espérons du moins, les preuves que nous invoquerons pour démontrer l’ancienne extension des glaciers actuels seront suffisamment intelligibles. Nous avons omis à dessein tout ce qui n’était pas d’une application directe à l’étude de ce grand phénomène. La méthode que nous suivrons pour prouver cette ancienne extension est à la fois la plus simple et la plus sûre que l’on puisse adopter en géologie. Nous allons parcourir les pays qui environnent les Alpes et chercher s’ils nous offrent des traces indubitables de l’action des glaciers. Si partout nous trouvons ces traces aussi nombreuses, aussi évidentes que dans le voisinage des glaciers actuels, nous serons inévitablement conduit à admettre que jadis ils descendaient dans la plaine et remplissaient l’intervalle qui sépare les Alpes du Jura. L’ancienne extension des glaciers sera démontrée sans que nous puissions encore nous rendre compte des perturbations météorologiques qui l’ont accompagnée, car, dans une étude qui date de quelques années, on ne saurait se flatter d’avoir réuni un assez grand nombre de faits pour pouvoir s’élever à la cause qui a produit le phénomène. On peut affirmer seulement que ce développement prodigieux des mers de glace serait impossible dans les conditions climatériques actuelles, et qu’elle suppose nécessairement un abaissement notable dans la température et par conséquent un climat différent de celui qui règne actuellement en Europe.


V. – DE L'ANCIENNE EXTENSION DES GLACIERS DU MONT-BLANC DEPUIS CHAMONIX JUSQU'A GENEVE.

Avant de donner une idée de l’étendue des glaciers antédiluviens, j’ai pensé qu’il y aurait avantage à suivre l’un de ces glaciers dans toute sa longueur, depuis son origine jusqu’à sa moraine terminale. Dans ce voyage, nous rencontrerons partout les traces qu’il a laissées sur son passage, et nous constaterons facilement l’identité de ces traces