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le prouver ; mais ces instrumens sont-ils bien certainement égyptiens ? ne peuvent-ils point être de fabrication grecque ou romaine ? Que ne sont-ils accompagnés d’hiéroglyphes, on verrait clair dans leur origine, — oui, clair, grace aux hiéroglyphes ! Ce mot, qui dans notre langue, est encore synonyme d’inintelligible, doit perdre ce sens désormais. Déjà, dans beaucoup de cas, les hiéroglyphes ne sont plus un mystère, mais une explication. Ici, cette explication nous manquent, nous en sommes réduit aux conjectures. On sait que l’usage du cuivre a partout précédé l’usage du fer, métal difficile à extraire, à forger, à tremper. Les héros d’Homère n’ont que des armes de bronze. Dans les traditions mythologiques, l’âge de cuivre a précédé l’âge de fer, comme l’âge d’or a précédé l’âge d’argent. Il est à remarquer que c’est l’ordre historique de l’exploitation de ces métaux. Du reste, il est certain que l’usage du cuivre a devancé l’usage du fer chez les Grecs [1]. D’après les voyageurs Pallas et Gmelin, il en est de même chez les nations tartares. Mais est-il possible que les anciens Égyptiens n’aient pas connu le fer, qu’ils aient taillé le granit et le basalte et y aient creusé des hiéroglyphes innombrables avec une telle netteté à une si grande profondeur [2] ? J’avoue que j’ai peine à le croire. Je ne saurais citer, il est vrai, un instrument de fer qui provienne, avec une évidence incontestable, d’un tombeau égyptien [3] ; mais il faut songer que le fer, en s’oxydant, peut tomber en poussière et disparaître. Où seraient d’ailleurs les instrumens en bronze ou en toute autre matière plus durable que le fer, et que, par conséquent, il serait encore plus inexplicable de ne pas retrouver aujourd’hui ? Je suis donc porté à admettre provisoirement l’emploi du fer chez les anciens Égyptiens, et, par suite, la provenance égyptienne des instrumens que j’ai vus dans la collection de Clot-Bey. Outre les petits objets si nombreux et si curieux que renferme cette collection, j’y ai remarqué une mandoline qui porte écrits en hiéroglyphes le nom et la qualité de son possesseur. Cet instrument de musique est semblable par sa forme à un instrument dont on joue encore aujourd’hui dans les rues du Caire.

Clot-Bey possède les planches de deux sarcophages remarquables l’un se distingue par la beauté des hiéroglyphes creusés dans le bois et remplis par une incrustation colorée ; c’était celui d’un certain Pefpanet. Les débris de l’autre sarcophage offrent un intérêt plus grand encore ;

  1. La trempe de l’acier est très clairement décrite dans l’Odyssée, l. IX, v. 391. Le passage aurait-il été interpolé ?
  2. La même question s’est présentée ailleurs. Les pierres des Amazones, dit la Condamine, ne diffèrent ni en couleur ni en dureté du jade oriental. Elles résistent à la lime, et on n’imagine pas par quel artifice les anciens Américains ont pu les tailler et leur donner diverses figures d’animaux.
  3. M. Letronne m’a parlé à un morceau de fer trouvé sous un sphinx.