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qu’il n’est réellement, ou à le rendre plus respectable par l’antiquité qu’on lui prête, comme si l’on avait quelque chose à y gagner, comme si l’on devenait par là soi-même plus riche ou de meilleure maison.

La population du Caire se compose d’Arabes qui forment la grande majorité, de Coptes qui en représentent environ un vingtième, et de Juifs qui y entrent pour un cinquantième. Il faut y joindre les employés du gouvernement qui sont Turcs. Voici comment un auteur arabe, lbn-Abbas, juge ces différentes parties de la population égyptienne : il attribue les neuf dixièmes de l’intrigue et de l’artifice qui est en ce monde aux Coptes, de la perfidie aux Juifs, de la dureté aux Turcs, de la bravoure aux Arabes. Les Coptes sont les descendans des anciens Égyptiens. Leur langue est un dérivé de la langue des Pharaons ; c’est à l’aide de cette langue qu’on peut se faire une idée du sens des mots écrits en hiéroglyphes. Malheureusement le copte n’est plus vivant aujourd’hui ; il l’était encore au XVIe siècle dans la Haute-Égypte. Un voyageur du XVIe, le père Vansleb, trouva dans un couvent de l’Égypte un vieux Copte qui parlait la langue nationale ; on lui dit que c’était le dernier. Aujourd’hui cet idiome d’antique origine n’est plus employé que pour le culte, comme chez nous le latin. On sait que les Coptes sont chrétiens, et qu’ils ont une littérature ecclésiastique qui date des premiers siècles de notre ère.

Ce débris du peuple pour qui l’écriture était une si grande chose, qui ne pouvait construire un monument ni fabriquer le moindre ustensile sans le couvrir d’inscriptions, et chez lequel presque tous les fonctionnaires, civils, militaires et religieux, recevaient le titre de scribe, comme leurs épitaphes hiéroglyphiques en font foi ; ce reste du peuple écrivain par excellence est encore aujourd’hui en possession de l’écriture. Tous les scribes qu’emploie l’administration sont Coptes ; on les reconnaît à l’écritoire qu’ils portent toujours à la ceinture, assez semblable par sa forme aux écritoires trouvées dans les tombeaux des anciens Égyptiens, et que représente fidèlement l’hiéroglyphe par lequel on exprimait l’action d’écrire et la qualité d’écrivain.

Il serait impertinent de prétendre peindre les mœurs des habitans d’une ville où je ne compte passer que quinze jours, d’autant plus que ce travail a été fait par un homme qui y a passé sa vie. Logeant dans le quartier arabe, parlant arabe, vivant dans la société arabe [1], M. Lane a pu donner de leurs usages sinon un tableau animé, du moins un dictionnaire complet auquel je n’ai la prétention de rien ajouter, Seulement, toujours préoccupé de l’ancienne Égypte au milieu de l’Égypte moderne, je remarquerai en passant quelques traits des mœurs antiques

  1. L’ouvrage de M. Lane a pour titre : The modern Egyptians.