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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/900

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sur des ânes de luxe ; ces ânes sont de superbes animaux et ne ressemblent pas plus à leurs frères d’Europe qu’un cheval arabe à un cheval de fiacre.

Les femmes en Orient ne sont donc point recluses, mais elles sont séparées des hommes. Elles sont libres de sortir du gynécée [1], mais les hommes ne sont pas libres d’y entrer. Malgré cette séparation, qui est rigoureusement observée, les dames du Caire sont loin d’être étrangères aux affaires et aux intrigues politiques ; au contraire, elles y prennent une grande part. Ceux qu’une coutume barbare leur a donnés pour gardiens sont leurs agens. Plus d’une destitution ou d’un avancement, plus d’une cabale, et de ce que nous appellerions ici une révolution ministérielle, est partie d’un harem.

La température du Caire est plus élevée que celle de la plupart des lieux qui se trouvent sous la même latitude. La température moyenne est de 22 degrés. En général, l’Égypte, à latitude égale, est un pays très chaud, et Assouan, presque sous le tropique, passe pour le point le plus chaud de la terre. On trouve ici très rigoureux l’hiver où nous sommes ; ce serait à Paris un printemps assez doux. La saison est pluvieuse, c’est-à-dire que pendant plusieurs jours nous avons eu quelques ondées. On assure que les plantations dont Méhémet-Ali et son fils Ibrahim ont embelli les abords de la ville ont déjà modifié le climat, en augmentant sensiblement la quantité de pluie qui tombe annuellement.

La population du Caire est estimée à 200,000 ames ; on l’évaluait du temps des Français à 260,000. Ainsi le Caire aurait perdu ce qu’Alexandrie a gagné. On a dit qu’antérieurement ce chiffre s’élevait à 300,000 [2]. La capitale de Méhémet-Ali compterait donc 100,000 aines de moins qu’elle n’en comptait sous les Mamelouks ; mais il se peut que les chiffres qui se rapportent à cette époque soient exagérés. En Orient, il est très difficile d’arriver à un dénombrement exact de la population, et je ne sais pourquoi les voyageurs sont toujours portés à lui attribuer un chiffre trop élevé, comme les antiquaires à croire les monumens qu’ils ont découverts plus vieux qu’ils ne sont, et les géologues à reculer l’âge des terrains dont ils s’occupent les premiers. On met à son insu une sorte de vanité à faire l’objet qu’on étudie plus considérable

  1. Ce mot rend assez exactement celui de harem, qui n’a aucun rapport avec serai, château, dont nous avons fait sérail. Ce dernier terme ne doit s’appliquer qu’au palais du grand-seigneur. Confondre le harem et le sérail, c’est faire comme un Turc qui croirait qu’en français chambre à coucher est synonyme de château des Tuileries. Les mœurs grecques à l’égard des femmes se rapprochaient assez des mœurs actuelles de l’Orient. Les femmes habitaient l’étage supérieur de la maison comme elles le font généralement au Caire, et, on le sait, se mêlaient peu à la société des hommes.
  2. Chabrol, Expédition d’Égypte, partie moderne, II, 2, 364,