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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/884

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Il résulte de là, pour la fabrication au charbon de bois, deux inconvéniens bien graves, l’un particulier, l’autre général. Le premier est que les usines qui font usage de ce combustible, bornées comme elles le sont dans leur production, ne peuvent jamais s’établir sur une large échelle, ni profiter par conséquent des économies et des avantages divers qui ressortent parfois d’un travail exécuté en grand. Elles ne peuvent que rarement adopter ces méthodes de travail perfectionnées, qui tendent surtout à faire obtenir une plus grande abondance de produits dans un temps donné et avec les mêmes moyens. C’est là peut-être aujourd’hui la plus grave de leurs infirmités. L’autre inconvénient, d’un effet plus général et d’une considération plus haute, c’est que la fabrication par le combustible végétal, ne pouvant pas, comme l’autre, répondre aux besoins croissans de l’industrie, mettrait, si elle existait seule, un obstacle invincible au progrès. Forcément stationnaire, elle tiendrait l’industrie enchaînée avec elle dans les liens du présent, sans lui permettre, au moins dans certaines directions, aucun accroissement. Aussi est-il vrai que la fabrication du fer par le combustible minéral est en cela la providence du monde civilisé : c’est sur elle que repose tout l’espoir de l’industrie dans l’avenir.

Pour le dire en passant, quoique cette vérité ne soit pas assurément ignorée, on n’y a peut-être pas donné toute l’attention qu’elle mérite. Parmi les causes qui ont le plus contribué à l’extraordinaire accroissement de l’industrie moderne, on vante surtout l’invention de la vapeur, et ce n’est pas sans raison ; on cite encore les merveilleuses machines qui ont porté si haut l’industrie des tissus, et, par-dessus tout, les chemins de fer : on oublie en général cette invention modeste, mais si féconde, qui consiste dans l’application du combustible minéral à la fabrication du fer. Sans cette invention pourtant, que devenaient et les machines à vapeur, et les chemins de fer, et cette innombrable légion de machines qui peuplent nos ateliers, en ajoutant une si grande somme de puissance à la puissance productive de l’homme ? Où en serait l’Angleterre, et, que seraient devenues toutes ces conquêtes industrielles dont elle a, depuis cinquante ans, étonné et enrichi le monde, si elle était demeurée réduite, pour la fabrication du fer, à ses anciens moyens ? Il faut voir ce qu’elle était avant cette humble découverte, qui ne date guère que de la fin du dernier siècle. La production du fer ne suffisait pas même alors à ses besoins présens, bien plus bornés qu’ils ne le sont aujourd’hui. On peut lire, dans les écrits qui datent du milieu de ce siècle, les plaintes qui s’exhalaient de toutes parts sur l’insuffisance notoire de cette production et sur l’épuisement graduel des bois, qui faisait entrevoir dans l’avenir une insuffisance encore plus grande. On faisait appel aux industriels, aux savans, en les invitant à résoudre à tout prix ce grand problème, qui paraît aujourd’hui si simple. Les sociétés savantes