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de M. de Courson, plus je me persuade que ce n’était pas là l’idéal auquel le trop généreux testateur avait réservé son riche laurier. Ou bien l’année littéraire aurait-elle été si stérile, qu’à défaut d’un mérite plus scientifique l’Académie, régulièrement obligée de couronner toujours ; eût changé le prix Gobert en prix Monthyon et récompensé l’ouvrage le plus utile aux mœurs politiques ? Il ne resterait alors qu’à s’étonner un peu de ses préférences en matière d’opinions.

Quoi qu’il en soit et pour examiner tout le livre avec plus de détail, il porte dans sa troisième forme des marques si étranges d’une confection hâtive, qu’on dirait un de ces produits accélérés que commande quelquefois la librairie industrielle. Ainsi, la table du premier volume annonce une préface de vingt-quatre pages, sous ce titre qui promettait un intérêt sérieux : Lettre à M. Vitet. Critique des sources. Au lieu de la préface, je ne trouve qu’un avant-propos de onze pages, où il n’est guère question que de la personne et du caractère de l’auteur, « de la hardiesse de ses critiques, de la sévérité de ses jugemens ; » il respecte la vérité « plus encore que les puissances, » et croit devoir la dire à tous, « comme faisaient ses pères au XIIe siècle, suivant le témoignage de Girald le Cambrien. » Nous voilà prévenus, et nous n’avons qu’à nous bien tenir : franchement, j’aurais mieux aimé la Lettre à M. Vitet.

Un autre exemple de cette précipitation fâcheuse qui gâterait même un plus solide travail. M. de Courson nous renvoie à tout moment au bout du volume pour y chercher des pièces justificatives. « Voyez à l’appendice de curieux documens sur ce sujet. T. II, pag. 80, 94, 293, 344, etc. » Je vais à l’appendice, et l’on me dit là qu’on a été forcé de supprimer une partie des pièces, « en raison de la grosseur du volume, » quoique ce volume écourté soit déjà pourtant moins gros que l’autre ; la pièce que je voulais était probablement du nombre des retranchées ; celles qui restent me dédommageront-elles ? C’est d’abord un tableau comparé des Divisions administratives de la Gaule sous les Romains et après la chute de l’empire. Ce tableau a vraiment fort bonne apparence et suppose « de minutieuses recherches, » suivant l’expression de l’auteur ; mais l’auteur ici n’est pas M. de Courson, c’est M. Lehuërou que M. de Courson a textuellement copié, sans penser le moins du monde qu’il eût été peut-être honnête de le dire. Il n’a mis du sien que dans le titre ; encore est-ce fort mal à propos. Le savant et modeste professeur qui donnait son travail pour un simple essai sur la topographie administrative au temps de la première race, et voulait le continuer jusqu’à la fin de la seconde, s’était naturellement servi de Grégoire de Tours, de Frédegaire, des capitulaires de Charlemagne et de Louis-le-Pieux ; il avait intitulé très justement le tout : Divisions de la Gaule sous les Romains et les Mérovingiens. M. de Courson efface et substitue : Divisions de la Gaule après la chute de l’empire,