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anse mieux abritée du sud, moins bien de l’ouest : la jolie vallée d’Ollioules y débouche, et l’on y charge en petite quantité des vins et des huiles des environs. Des ports si rapprochés, desservant chacun quelques communes rurales, ont peu d’activité. Le mouvement annuel de celui-ci est d’environ 5,000 tonneaux ; la pêche y a plus d’importance ; elle occupe soixante embarcations, et partage avec Bandol et les Ambiez l’exploitation de la mer poissonneuse qui s’étend du golfe de la Ciotat au cap Sicié. Le joli port de Saint-Nazaire, formé par deux jetées, suffirait aisément à une navigation décuple ; 2,000 habitans sont groupés autour, mais la richesse de ce petit pays se fonde sur l’excellence de la culture de ses terres, bien plus que sur l’avantage de sa position sur la mer. Plus favorisé que Bandol, Saint-Nazaire communique avec Ollioules et Toulon par une excellente route.

Après Saint-Nazaire, la côte, qui, depuis le golfe de Marseille, court à l’est-sud-est, tourne brusquement au sud et se termine par le grand soulèvement qui forme le cap Sicié. Ce soulèvement se prolonge à l’ouest, à trois milles en mer, par l’île des Ambiez et une traînée de rochers sous-marins entre lesquels s’élèvent les îlots du grand et du petit Rouveau. L’atterrage de Saint-Nazaire est ainsi défendu du sud, et derrière l’île des Ambiez se trouve l’excellente rade de Brusc, assez profonde pour les vaisseaux de ligne, assez vaste pour une escadre entière. Elle fait face à la rade de la Ciotat, dont elle est éloignée de dix milles, et, comme leurs expositions sont opposées, elles se complètent réciproquement. Les vents d’ouest, qui empêchent d’aborder à la Ciotat, poussent naturellement les navires à Brusc, et les vents d’est, qui leur interdisent l’accès de Brusc, les conduisent à la Ciotat. Il ne manque à la rade de Brusc qu’une communication facile avec celle de Toulon, dont elle n’est pourtant séparée que par un isthme de moins de deux lieues.

Ainsi, sur un espace de douze lieues à partir du cap qui ferme à l’est le golfe de Marseille, se trouvent les abris de l’île de Jarre, du golfe de Cassis, de la Ciotat, de Bandol, de Saint-Nazaire et de Brusc. Aucun d’entre eux, il est vrai, n’est sorti des mains de la nature tel que nous pourrions le désirer ; mais il n’en est aucun à la force et à la sûreté duquel l’art ne puisse ajouter beaucoup. Pour les porter au degré de perfection dont ils sont susceptibles, de grandes dépenses sont encore nécessaires ; le pays se les imposera volontiers, car il comprend mieux chaque jour la haute position qu’ont à prendre dans la Méditerranée son commerce et sa politique ; il sent que chaque pierre qu’on pose sur ce rivage ajoute à la puissance de la France entière. On se tromperait d’ailleurs, en mesurant les travaux à exécuter entre Marseille et Toulon, et à la Ciotat en particulier, sur l’importance maritime de ces parages à l’époque de la guerre continentale : depuis lors, bien des choses y sont changées. En 1792, l’année qui précéda la guerre avec l’Angleterre,