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de fer d’Avignon à Marseille va placer l’industrie des transports, il n’y a pas pour le port d’Arles de milieu entre une ruine complète, avec le maintien de l’état de choses actuel, et une prospérité sans exemple dans le passé, avec l’exécution du canal maritime. Pour quiconque a l’esprit occupé de l’influence que la France doit exercer sur la Méditerranée, il n’y a pas à hésiter entre les deux partis [1].

Jusqu’à 12 lieues d’Arles, le canal chemine, comme entre des murailles, entre deux digues élevées pour le mettre à l’abri des inondations du Rhône. En traversant l’étang de Galéjon, par lequel il communique avec la mer, il est protégé par une digue percée de vannes à clapet, qui s’ouvrent pour l’écoulement des eaux des marais quand la mer est basse, et se ferment d’elles-mêmes quand elle monte. Bientôt on arrive à Foz, qui, bâti sur un monticule isolé de calcaire coquillier, domine au loin le désert aquatique qui s’appelle aujourd’hui le Grand-Marais. Après Foz, le canal traverse, sous la protection de travaux semblables à ceux du passage de Galéjon, l’étang salé de l’Estomac suivant les cartes, de l’Estouma suivant les gens du pays. C’est le Στωμαλιμη (la Bouche-des-Étangs) des anciens. Le peuple a laissé perdre la gracieuse désinence du nom grec, mais il en a conservé la première moitié, et de Στωμχ il a fait l’Estouma ; puis sont venus les topographes, qui, prenant l’Estouma pour un mot français mal prononcé, l’ont corrigé en conséquence. C’était ici le Fossœ Marianoe Portus. Marius avait établi son camp sur la colline de poudingue qui borne à l’est l’étang de l’Estouma, et, dans cette position, il ne pouvait tirer de grands approvisionnement que de la vallée du Rhône : il fit en conséquence dériver du fleuve un canal qui venait déboucher, vis-à-vis de son camp et en arrière de Foz, au fond de l’étang de l’Estouma. Cet étang, maintenant envasé et rétréci, était alors un golfe où les navires pénétraient par la large passe ouverte entre la colline de Foz et celle du camp. Dans l’état où se trouvaient ces lieux, il était impossible de rien imaginer de plus complet et de mieux entendu que ces dispositions de Marius ; les projets de Vauban ont été l’application de la même pensée à des circonstances un peu différentes. A la fin du XIIe siècle, les navires abordaient encore à Foz ; l’envasement les en a repoussés. Foz n’est aujourd’hui qu’un village de cinq à six cents ames, désolé par la fièvre, et il n’y a plus à faire du bassin de l’Estouma, réduit à 300 hectares, qu’une prairie : les

  1. La question que je ne fais ici qu’indiquer a été traitée avec beaucoup de savoir et de sagacité par M. Alphonse Peyret-Lallier dans deux mémoires intitulés, l’un : Études sur le port d’Arles et sur la navigation du Rhône entre Lyon et la mer (1844) ; l’autre : Les Chemins de fer et les Bateaux à vapeur du Rhône. — De l’Avenir commercial du port d’Arles, du port de Bouc et de l’étang de Berre au moyen des relations à établir entre ces ports du Rhône par les canaux maritimes du Rhône à Bouc et des Martigues (1845). Il est difficile de réunir plus de faits instructifs que ne l’a fait l’auteur.