Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/767

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cela qu’elle est investie de cette initiative morale qu’on lui envie sans la lui contester.

Les dangers de l’Europe font sa propre sécurité, et un jour pourra venir où cette nation tenue à l’écart avec tant d’obstination, où ce gouvernement tant insulté à raison de son origine, deviendront la garantie de la stabilité des états et les intermédiaires d’une grande et nécessaire transaction. Ce n’est pas appeler les tempêtes que de voir les nuages qui chargent l’horizon ; ce n’est pas ébranler l’ordre européen que de constater que l’Autriche n’est pas parvenue à s’assimiler l’Italie, que la Pologne n’a pas expiré sous ses chaînes, que l’empire ottoman s’affaisse sous l’ascendant croissant des races chrétiennes, et que dans l’est de l’Europe les populations s’agitent sous l’impulsion qui les pousse vers des destinées inconnues ; ce n’est pas insulter les gouvernemens que de montrer la Russie contrainte de peupler ses solitudes de martyrs, la Prusse en suspicion à un tiers de ses sujets catholiques et conduite, par l’irrésistible entraînement de l’opinion non moins que par les nécessités financières, à des concessions qui en préparent tant d’autres ; ce n’est pas provoquer les révolutions que de contempler la tache indélébile appliquée au front de l’Autriche et d’observer le relâchement progressif de toutes les parties de cet empire, où quatre nationalités s’agitent dans un froissement continu. Puisque l’Europe refuse de nous admettre dans sa communion politique, et qu’aux efforts loyalement tentés par un gouvernement pacifique pour se rapprocher des trois puissances, celles-ci ont répondu par l’acte de Cracovie, il faut bien que la France s’enquière de la situation véritable des autres gouvernemens et qu’elle l’expose au grand jour, ne fût-ce que pour demeurer calme et maîtresse d’elle-même dans l’isolement qu’on lui impose. Qu’elle ne s’alarme en effet ni pour sa propre sûreté, ni pour la paix du monde : les périls de tous sont sa plus sûre garantie, et, si la France ne peut pas compter sur la sympathie des cabinets, « elle peut compter sur leur sagesse, leur intelligence et leur intérêt bien entendu. » Cette parole de M. le ministre des affaires étrangères est le mot suprême de la situation.

S’il fallait donc résumer les impressions produites par le grand débat qui vient de se terminer, on pourrait dire qu’aucune des difficultés diplomatiques en ce moment pendantes entre les cabinets européens ne semble de nature à amener une guerre, bien que toutefois, pour les esprits doués de quelque prévoyance, le repos du monde soit moins assuré qu’il ne l’a été jusqu’ici. Les gouvernemens resteront maîtres, on petit le croire, des questions qui les divisent ; mais triompheront-ils également des agitations intérieures qui semblent annoncer une crise prochaine ? On peut assurément en douter. Il est impossible de méconnaître le vaste travail qui s’opère sous le soleil ou dans l’ombre, et qui,