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pas été marqué en plein parlement, par la main d’O’Connell, de stygmates qu’aucun orateur français ne se serait permis de lui infliger, sans ; s’exposer à un énergique rappel à l’ordre ? Pourquoi donc tant de susceptibilité à Paris, lorsqu’on montre tant de tolérance à Londres ?

Veut-on une autre preuve de la facilité avec laquelle l’Europe accepte les faits accomplis et les institutions les plus contraires aux siennes, lorsqu’elle y est déterminée par le soin de ses propres intérêts ? Qu’on songe à la Belgique, qui a répondu au mouvement de juillet par le mouvement de septembre, et qui, après avoir renversé l’œuvre chérie des négociateurs de Vienne et la plus européenne des dynasties, s’est donné les institutions les plus libérales de l’ancien monde. Tout cela n’a pas empêché la Belgique et sa jeune royauté d’être promptement acceptées ; tout cela n’arrête pas les cours allemandes dans leurs efforts pour attirer autant qu’elles le peuvent vers la sphère de leur action le gouvernement de Bruxelles, et, n’était la clause de neutralité perpétuelle stipulée par l’acte qui le constitue, celui-ci n’aurait en fait d’alliances que l’embarras du choix. Ceci ne constate-t-il pas qu’il y a autre chose dans la question élevée entre nous et le reste du continent que ce que les partis prétendent y trouver, et ne faut-il pas reconnaître que nous sommes moins séparés de l’Europe par des doctrines que par des intérêts ?

Ce qui creuse cet abîme, c’est la conscience des blessures qu’on nous a faites et la croyance générale que nous n’attendons qu’une occasion favorable pour reconquérir tout le terrain perdu. D’aussi pénibles sacrifices que ceux du dernier traité de Paris, tout justifiés qu’ils pussent paraître aux yeux des gouvernemens étrangers par les souvenirs de l’oppression impériale, ne sont jamais imposés à la plus guerrière des nations sans qu’il soit naturel d’appréhender une réaction dans l’avenir, et lorsque cette nation, un moment écrasée sous les efforts du monde, a doublé sa population et décuplé ses richesses, lorsqu’elle est en mesure d’ajouter à sa puissance matérielle une puissance morale non moins formidable, il est fort simple qu’on redoute de lui voir reprendre la liberté de ses mouvemens, et qu’on se serre étroitement pour lui résister. Voilà tout le secret de l’union des cours signataires des traités de paris.

Nous répétons, pour la justification de la royauté de 1830 comme pour l’honneur de la restauration elle-même, que celle-ci rencontrait devant elle des obstacles analogues à ceux qui sont aujourd’hui semés sous nos pas. Aux premiers jours de son avènement, le gouvernement des Bourbons ne pouvait pas, sans doute, avoir une politique à lui, car pendant que cent cinquante mille étrangers occupaient nos places de guerre, une conférence européenne traitait chez nous de nous et sans nous ; mais, sitôt que le territoire fut libre et que la France put vivre de