Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/73

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


exposée sans défense au feu des bateaux qui les attaqueraient. « Dès que la flottille ennemie sera en vue, ajoutait Nelson, nos divisions se réuniront, mais sans se confondre. Dans cette position, elles devront se tenir prêtes à exécuter les ordres qui leur seront donnés. Il n’est rien de plus important que de choisir pour les commander des hommes animés d’une confiance mutuelle, et sur lesquels aucune misérable jalousie ne puisse avoir prise. Il faut qu’en cette grande occasion il n’y ait qu’une seule pensée, un seul désir parmi nous : empêcher la descente de l’ennemi sur nos côtes. »

Si bien calculées que fussent ces dispositions défensives, elles ne suflisaient point cependant à l’impatience générale. La presse anglaise, interprète exigeant de l’opinion publique, ne cessait de harceler le gouvernement et de répéter que c’était dans les ports ennemis qu’il fallait aller écraser la flottille française. L’amirauté se vit donc contrainte, par condescendance pour ces alarmes, de prescrire à Nelson de bombarder le port de Boulogne ; mais l’amiral Latouche fut informé de ce projet : il sortit du port où ses bâtimens entassés auraient pu courir de grands dangers, et forma en avant des jetées une longue ligne d’embossage composée de 6 bricks, 2 goélettes, 20 chaloupes canonnières et un grand nombre de bateaux plats. Le 4 août, Nelson vint lui-même au point du jour mouiller ses bombardes devant la ligne française ; il espérait que, pour éviter cette attaque, la flottille se réfugierait dans le port de Boulogne, et il se proposait la nuit suivante de diriger ses brûlots sur cette masse de bâtimens ainsi resserrés dans un étroit espace. Vers neuf heures du matin, le bombardement commença ; il ne put ébranler la ligne d’embossage, et ne produisit d’autre effet que la destruction d’une canonniere et d’an bateau plat qui furent coulés bas. Pas un homme à bord de la flottille ne fut atteint, tandis que nos canonnières et les batteries de terre, répondant par un feu très vif au feu des bombardes anglaises, un éclat de bombe vint blesser, à bord d’un de ces bâtimens, un capitaine d’artillerie et deux matelots.

Ceste première tentative avait donc complétement échoué ; mais Nelson en préparait une autre plus sérieuse et dont il ne mettait point le succès en doute. Le 15 août, il vint mouiller à 6,000 mètres environ de la flottille française, encore embossée devant le port de Boulogne. Il amenait avec lui des chaloupes et péniches de toute grandeur à l’aide desquelles il voulait enlever ou incendier nos canonnières. Ces embarcations étaient au nombre de 57 ; il les partagea en quatre divisions qu’il plaça sous les ordres des capitaines Somerville, Parker, Cotgrave et Jones. La perte de son bras lui interdisait de prendre lui-même une part active à cette expédition ; mais il songea à en assurer la réussite par les dispositions les mieux entendues et les soins les plus propres à racheter l’imprudente audace de cette entreprise. Dans chaque division,