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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/699

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elle ne peut aller au-delà de quatre-vingt-dix. Il se peut que sur ce point elle outrepasse le but ; car, si chaque billet de banque en particulier revient à la Banque peu après avoir été émis, à la place de celui qui rentre un autre sort, et la quantité qui circule reste à peu près fixe. Cependant on conviendra que, contre une pareille masse d’engagemens exigibles à vue, il n’est pas mal de se tenir en garde. D’un autre côté, il serait fort avantageux à l’industrie d’obtenir de plus longs délais. Si donc il était possible de modifier la teneur d’une partie des billets de manière à les faire séjourner davantage dans la circulation, l’on obligerait beaucoup et la Banque et le public.

Certainement une beaucoup plus grande quantité du capital monétaire viendrait à la Banque, si celle-ci servait un intérêt des fonds qui lui seraient délivrés dans certaines conditions, en d’autres termes, si, à côté des billets actuels payables à vue, il en existait d’autres qui rendissent un intérêt ; mais ces billets portant intérêt ne devraient plus être payables en espèces qu’après un certain délai. Ils seraient recherchés par les capitalistes autant que les bons du trésor, avec lesquels ils auraient beaucoup de ressemblance. Ils serviraient de complément à ces titres qui très souvent n’existent pas sur la place en aussi grande quantité qu’on le désirerait. Ils pourraient être en coupures rondes, et ce serait un motif suffisant, selon toute apparence, pour qu’ils entrassent bientôt dans la circulation, où les bons du trésor n’ont pas pénétré, empêchés qu’ils sont par leur forme, mais où de l’autre côté du détroit les bills de l’Échiquier ont pris place jusqu’à un certain point.

L’idée d’une nouvelle espèce de billets de banque portant intérêt n’est pas nouvelle. Elle fut émise et fort bien motivée en 1830, dans l’exposé d’un plan d’institution destinée à prévenir la crise commerciale [1] qui éclata bientôt après. Elle est au moins en germe dans l’usage, suivi depuis long-temps par les banques d’Écosse, de servir l’intérêt des fonds qu’on leur apporte. Elle a pour elle le bon sens et la raison. Que dis-je ? à Paris même, elle a été, depuis quelques années, mise en pratique avec beaucoup de succès. C’est à elle que de grands établissemens financiers, la caisse Gouin, la caisse Ganneron, doivent en grande partie leurs ressources et leur réussite. La caisse Gouin a sur la place 35 à 40 millions de billets à ordre portant intérêt, que les capitalistes prennent en portefeuille comme un placement provisoire. Ils sont à échéance depuis trois jours de vue jusqu’à six mois et un an de date. L’intérêt varie de 2 et demi à 4 pour 100. La caisse Ganneron

  1. Cet écrit était de MM. Péreire. Il parut le 6 septembre ; il avait pour titre : Projet d’une compagnie d’assurances mutuelles pour l’escompte des effets à toute échéance, etc. Une réunion de notabilités financières se forma pour l’examiner. Divers motifs, dont aucun n’était tiré du fond du sujet, empêchèrent d’y donner suite.