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Gênes. Sous beaucoup de rapports, la banque d’Angleterre offrit un immense progrès dans l’organisation du crédit, ce qui n’empêcha pas l’auteur du projet, Patterson, d’aller mourir de misère dans l’isthme de Darien, où il était allé fonder une colonie.

Primitivement donc, la création d’une banque était le plus souvent une manière d’acquitter une dette contractée par l’état envers des capitalistes, un expédient de trésorerie. On créait une machine au moyen de laquelle on se procurait quelque argent pour le présent et on se réservait la vague espérance d’en obtenir à l’avenir. Le génie de l’industrie, pour qui se préparaient, sans qu’elle en eût conscience elle-même, les plus grandes destinées, se prêtait avec souplesse à ces exigences des gouvernemens ; il corrigeait lentement, dans ses nouveaux essais, les imperfections qui venaient à être reconnues dans les premières tentatives ; il tâchait de dégager les institutions de crédit des élémens parasites ou étrangers qui y avaient été associés par l’avarice et la détresse des gouvernemens, ou par l’imagination mal réglée des faiseurs de projets. Peu à peu l’on a appliqué les règles du raisonnement et la méthode d’une sévère analyse à ce qui n’était d’abord qu’une pratique incertaine et confuse. On est ainsi parvenu à fixer un petit nombre d’idées claires, que le simple bon sens aurait suggérées, si le bon sens n’était la dernière autorité que les hommes consultent dans leurs plus grandes affaires.

Les banques sont avant tout des institutions de crédit commercial, L’accessoire est ainsi devenu le principal. Le crédit est l’acte par lequel les capitaux sont transmis des mains de celui qui ne sait pas, ne veut pas ou ne peut pas les faire valoir, dans celles du producteur- qui est apte à s’en servir pour la création d’une richesse nouvelle. Par le crédit, les ressources qu’a amassées le travail antérieur servent à féconder le travail présent. Le crédit peut exister sans les banques : entre le propriétaire du capital et le producteur, il y a eu et il y a encore un intermédiaire fréquemment employé, le banquier ; mais les banques publiques, les grandes banques de l’ordre de la Banque de France, sont appelées à remplir ce rôle sur une échelle beaucoup plus étendue, sous certaines règles générales sévèrement observées. Un banquier accorde des crédits individuels, ce qu’on nomme des crédits à découvert, en se fondant sur la confiance que méritent le caractère et la capacité de la personne. Un banquier fait des avances sur consignation de marchandises, quelle que soit la nature de celles-ci. Les banques se bornent à peu près à faire des avances sur des lettres de change, engagemens individuels à échéance prochaine, qui représentent une transaction accomplie entre deux personnes, et elles n’admettent ces effets à l’escompte, c’est le nom que prend alors l’opération de crédit, qu’autant qu’ils sont revêtus de plusieurs signatures ; la Banque de France exige