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capital sur le marché, et, en conséquence, elle fait varier fréquemment son escompte, beaucoup plus qu’on ne pourrait le croire ; depuis dix ans, nous l’avons vu monter et descendre entre les deux extrêmes de 2 et demi et de 6. Et pourtant, lorsque la banque d’Angleterre agit ainsi, c’est bien moins pour se conformer à l’adage que le loyer d’un capital est une marchandise dont le prix, de même que celui de toute autre, se règle par le rapport de l’offre à la demande, que pour exercer sur le signe représentatif des valeurs une action régulatrice qui est infiniment plus dans les attributions de la banque d’Angleterre que dans celles de la Banque de France, telle qu’elle a été constituée jusqu’à ce jour, ainsi que nous aurons lieu de le faire voir plus tard. La Banque de France, s’arrêtant à une notion différente, a posé en principe que le taux d’escompte devait être fixe, qu’une fois arrêté, il devait demeurer indéfiniment immobile comme un roc. Ouvrez ses rapports annuels, vous y verrez cette opinion sans cesse exprimée. En 1844, par exemple, les capitaux affluaient sur la place de Paris, et beaucoup de personnes soutinrent que la Banque devait, une fois pour toutes, réduire de 4 à 3 le taux de ses avances. Dans le sein même de la Banque, cette idée avait trouvé de l’écho. La Banque refusa, et les censeurs, dans leur rapport annuel, s’exprimèrent en ces termes

« Quelques actionnaires nous ont fait observer que la Banque, en diminuant le taux de son escompte, ferait venir une assez grande quantité de papier, non-seulement pour ne pas rendre cette différence onéreuse à ses intérêts, mais qu’elle serait de nature à augmenter ses bénéfices. Nous ne partageons pas cette opinion, et ne pouvons que vous répéter ce que nous vous avons dit précédemment sur la convenance de la fixité de ce cours de 4 pour 100 : qu’une expérience de plus de vingt ans en a fait sentir la sagesse et l’importance ; qu’il assure au commerce la possibilité de satisfaire constamment à tous ses besoins d’argent dans les momens de pénurie et même d’embarras ; que les temps de la grande abondance d’argent ne sont pas d’assez longue durée pour risquer, après avoir baissé le cours, de devoir le relever promptement, et que, dans ce moment surtout, des opérations qui sortent du cours ordinaire des affaires sont plus à redouter qu’une continuité de langueur [1]. »

  1. Compte-rendu de la Banque de France, janvier 1845, p. 38. — Ainsi que le dit M. Odier dans ce rapport, ce n’est pas la première fois que cette opinion sur la fixité du taux de l’intérêt a été publiquement soutenue par la Banque. Voici une autre citation : « Si une expérience de vingt années n’avait pas prouvé d’une manière décisive les avantages de la fixité du taux de l’escompte par la Banque, on aurait pu croire à la convenance de l’établir au-dessous de 4 pour 100 ; mais, outre que ce cours n’est pas trop élevé, comparé à celui que rendent les valeurs du gouvernement, à celui des placemens sur hypothèques, au cours de l’intérêt de l’argent sur les autres grandes places de l’Europe, la certitude pour le commerce de trouver constamment de l’argent sur de bonnes valeurs, à un taux égal et modéré, est un point si important pour la sûreté des opérations et le maintien du crédit, qu’il doit faire passer sur la possibilité d’avoir momentanément l’escompte au-dessous de 4 pour 100, surtout quand il y a certitude qu’il faudrait l’élever dans les momens de gêne ou d’embarras qui ne reviennent que trop souvent. Aucun des membres du conseil général de la Banque n’a pensé qu’une pareille proposition puisse être remise en délibération dans l’intérêt fort éventuel d’une augmentation de produits. » - Rapport des censeurs sur l’exercice 1842, page 28.