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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/677

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bien aux Européens que celui des autres établissemens anglais. Des fièvres y règnent communément parmi les colons ; ces fièvres ne sont pas mortelles, mais elles affaiblissent la population et la prédisposent à des affections plus graves

C’est principalement une pensée politique qui a conduit la Grande-Bretagne au Port-Essington. Nos ambitieux voisins ont voulu faire acte de présence dans le nord de la Nouvelle-Hollande, et s’assurer, en cas de guerre maritime, un excellent poste naval au sud de l’archipel indien et à portée des possessions hollandaises. En tout temps, ce petit golfe sera, d’ailleurs, un port de refuge très utile aux navires de commerce. La colonisation de cet établissement a été exclusivement militaire ; le convict-system n’y a pas été importé. Quand on apprit à Sydney le projet du gouvernement, beaucoup de volontaires, auraient désiré se joindre à l’expédition, avec la pensée d’aller trafiquer dans la Malaisie. Craignant de fomenter encore la manie des spéculations aventureuses qui agitait alors la Nouvelle-Galles du sud, l’autorité rejeta toutes les demandes et maintint à l’entreprise son caractère primitif. La nouvelle colonie pourra cependant devenir peu à peu une colonie commerciale. Un cercle semble même tracé autour d’elle pour ses relations futures. L’archipel oriental, voilà le champ ouvert à son activité. La ville de Victoria serait merveilleusement placée pour être un marché où s’échangeraient les produits de l’Australie contre ceux de l’archipel indien. On se hasarderait sans doute beaucoup trop, si on regardait déjà les visites annuelles d’une vingtaine de prahus malaises chargées de thé, de sucre, de poisson salé ou de riz, comme le prélude assuré d’un mouvement d’affaires considérable et prochain. Il est hors de doute néanmoins que, si le Port-Essington devient un point de relâche pour les paquebots à vapeur entre Singapore et Sydney, son importance s’augmentera rapidement. Quelles que soient les destinées commerciales de Victoria, les Anglais auront atteint leur but et empêché l’installation d’un peuple rival dans les parages septentrionaux de la Nouvelle-Hollande. Ils auront aussi avancé l’exploration minutieuse de toutes les côtes de l’île qu’ils poursuivent avec une si active persévérance.

L’accomplissement de ce grand travail hydrographique, l’établissement d’un service de bateaux à vapeur entre l’Inde et la Nouvelle-Galles du sud, la construction des chemins de fer, l’exploration de l’intérieur du pays, tels sont, en résumé, les projets qui se lient au développement des intérêts britanniques. Chaque jour pousse l’Angleterre vers la réalisation de ces idées d’avenir. Les germes semés dans ces contrées, ont désormais trop d’énergie et de vitalité pour rester engourdis et immobiles. Des progrès plus larges, des résultats plus féconds, marqueront la période où l’Australie vient d’entrer en cessant d’être un réceptacle pour les bandits de la métropole. On verra que le travail libre vaut