Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/667

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’être calomnié, et, avec l’éloquence de l’indignation, il démontra par des détails généalogiques très précis que des liens étroits de parenté l’unissaient à plusieurs bandits déportés. On lui permit alors de reprendre son toast interrompu. Dans tout cela, rien d’affecté ; c’est l’expression d’un sentiment très réel. Ne faut-il pas en conclure que, si le convict-system a eu des avantages matériels, s’il a procuré de notables économies à la trésorerie britannique et puissamment secondé le développement des colonies australes, ses effets ont rejailli d’une manière désastreuse sur le sens moral d’une grande partie de la société ? L’honneur et la probité ne se définissent point là comme en Europe. On conserve d’autres traditions qui viennent en ligne directe des geôles anglaises. Les colons émancipés ont pu acquérir la crainte des lois, mais ils n’ont pas encore le sentiment délicat et pur de la justice et du bien.

Tous les convicts, on le sait, ne restent pas au lieu de leur déportation pour y attendre leur grace ou l’expiration de leur peine. Ceux qui se sont fait du crime un invincible besoin s’enfuient dans les bois et y reprennent la vie de brigandage à laquelle on voulait les arracher. Ces hommes, connus sous le nom de bushrangers, échappent sans peine aux recherches de la police coloniale dans des solitudes sans bornes. Ils sont la terreur des colons. Ennemis de la société qui les a réprouvés, ils cherchent à se venger d’elle, et quand ils se rapprochent des lieux habités, le meurtre et le vol marquent leur passage. Le nom de quelques bandits qui avaient conquis au milieu de leurs camarades une monstrueuse supériorité par l’énergie d’un caractère dépravé et l’audace de leurs attentats est environné d’une célébrité sinistre. Une compagnie de ces brigands fatigués de crimes s’empara, sur les côtes de Van-Diemen, d’un navire de commerce, et, traversant l’Océan, parvint à gagner Valdivie sur le revers occidental de l’Amérique du Sud. A l’entrée du port, les convicts défoncèrent le vaisseau, et dirent, en se présentant sur la chaloupe, qu’ils avaient eu le malheur de sombrer. On les plaignit beaucoup ; on les aida d’une souscription. Comme ils étaient habiles ouvriers sur une place où les bons ouvriers étaient rares, on leur épargna des questions embarrassantes. Le gouverneur vit en eux un utile accroissement à la population laborieuse. Ils se marièrent bientôt, et, malgré le mystère dans lequel ils s’enveloppaient, ils avaient obtenu la confiance générale, quand un vaisseau de guerre, expédié sur le rapport du gouverneur de la Tasmanie, se présenta pour les saisir. Tous, à l’exception d’un seul, s’échappèrent sur une barque qu’ils venaient de construire pour l’administration coloniale, et on perdit entièrement leur trace. Le coupable arrêté fut pendu à Hobarton après un effrayant récit des forfaits de la bande.

D’autres convicts moins dépravés, chez qui le goût du travail ne s’était pas éteint avec tout sentiment du devoir, après avoir prisé leur ban,