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loin de toutes les routes alors fréquentées par le commerce, elle fut étrangère, depuis le commencement du XVIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe, au mouvement colonial des états européens. Si l’on admettait les prétentions des navigateurs portugais et espagnols, la découverte de ce continent aurait suivi de quelques années les expéditions de Christophe Colomb et de Vasco de Gama. Toutefois les visites des Hollandais, en 1605, sont les premières sur lesquelles nous possédions des témoignages certains. Les marins de la Hollande se montrent à peu près seuls sur la terre australe pendant le cours du XVIIe siècle. A Dick Hartighs, qui découvrit en 1616 les côtes occidentales, succède, en 1627, Pieter Nuyts, qui explore les rivages du sud. Puis, Abel Tasman, envoyé par la compagnie des Indes-Orientales, visite le nord de l’île et reconnaît au sud la terre qu’il appela Van-Diemen, en l’honneur du gouverneur de Batavia. Ce n’est guère qu’un siècle et demi plus tard qu’apparaissent les navigateurs anglais et français : Dampierre, Bougainville, Cook, Furneaux, La Peyrouse, Vancouver, d’Entrecasteaux, Baudin, Flinders, King, Freycinet, Dumont d’Urville. La patrie de Dick Hartighs et d’Abel Tasman avait bien mérité de donner son nom à la nouvelle terre, et pourtant le nom d’Australie, qui s’applique aussi à toute la partie centrale de l’Océanie, paraît destiné à prévaloir sur celui de Nouvelle-Hollande.

C’est en 1788 qu’un navire anglais, chargé de sept cent soixante convicts, après s’être arrêté un instant à Botany-Bay, dont la situation ne parut pas convenable, vint débarquer à Port-Jackson, un peu plus vers le nord, et jeta les fondemens de Sydney. De cette époque date l’entrée de l’Australie dans le mouvement commercial du monde. Les Hollandais, les Espagnols, les Français, n’avaient fait que passer près des côtes et les saluer de leur pavillon ; pour la première fois des Européens y descendaient avec la pensée de s’y établir.

La France a songé depuis, à diverses reprises, à suivre l’exemple de l’Angleterre et à s’installer aussi dans la Nouvelle-Hollande. Durant les premières années de la restauration, elle mit même le pied à Albany, tout-à-fait au sud-ouest, où l’attiraient un climat délicieux et le meilleur port de la région méridionale. Soit mauvais calcul, soit faiblesse, la position fut presque aussitôt abandonnée. Notre expédition avait eu pour unique résultat de révéler aux Anglais l’importance maritime d’Albany. Dans son dernier voyage autour du monde, Dumont d’Urville avait été chargé de choisir, sur les côtes du nord, le lieu le plus favorable pour un établissement français : il avait jeté les yeux sur le Port-Essington ; mais à son arrivée la place était déjà prise, les Anglais venaient d’y débarquer. Notre gouvernement n’a manifesté depuis lors aucune velléité d’occupation. Quelques noms français, qui rappellent les découvertes de nos navigateurs, sont la seule trace que