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et dévore les broussailles et les grands arbres de la forêt, laissant seulement çà et là des troncs noircis et dépouillés comme pour marquer son passage. L’incendie finit par s’éteindre faute d’alimens ou au retour des pluies de l’automne ; mais les vallées qu’il a parcourues restent privées pour long-temps de leur parure végétale. Si l’on continue à remonter vers le nord, on longe des masses énormes de rochers, d’un caractère primitif, entassés irrégulièrement les uns au-dessus des autres. Quelques collines verdoyantes ornées d’une végétation toute brésilienne, quelques prairies fertiles, semblent avoir été jetées là de loin en loin comme pour mieux faire ressortir la désolation générale.

La partie de ces côtes comprise entre la rivière Greenough et la baie Gautheaume est bordée par une chaîne montagneuse appelée chaîne Victoria et dominée par deux pics élevés, le pic Wizard d’environ 250 mètres de haut, et le pic Fairfax de près de 200 mètres. Les écueils d’Abrolhos, composés d’un groupe de corail et voisins de ces rives, sont fameux par le naufrage de deux vaisseaux hollandais. La mémoire de ces désastres, dont l’un date pourtant de deux cents ans et l’autre de cent trente, est demeurée vivante dans ces parages. Le marin abordant sur les îles du groupe Pelsart, à la vue des débris rongés par le temps qui rappellent encore les souffrances des naufragés, ne se souvient pas sans émotion des premiers argonautes dont l’audace et le malheur ont frayé cette route périlleuse.

Plusieurs rivières ont été découvertes par le Beagle vers l’ouest et le nord de la Nouvelle-Hollande. L’une de ces rivières, nommée Adélaïde, permet de pénétrer assez avant dans les terres. Deux autres fleuves, qui ont reçu les royales dénominations de Victoria et d’Albert, faciliteront aussi la reconnaissance de certaines parties du pays. Ces découvertes sont d’autant plus précieuses que les cours d’eau sont rares dans l’Australie ; le Murray, qui arrose la Nouvelle-Galles du sud, paraît jusqu’ici le plus considérable des fleuves de cette île immense.

La côte orientale ne fatigue pas, comme celle de l’ouest, l’œil du voyageur par la monotonie des aspects. A chaque instant se déroulent de nouveaux paysages, animés par la présence d’une population indigène plus nombreuse et plus agglomérée ; ce n’est guère qu’à la pointe septentrionale et aux environs du cap d’York, que la nature reprend le caractère aride et désolé qu’elle présente sur la côte occidentale. Là le sol s’élève à peine au-dessus du niveau de la mer. Un seul pic, en face des îles de la Possession, coupe la triste uniformité de la plage, Le territoire paraît stérile, rien n’invite à y descendre et encore moins à s’y arrêter ; mais le navire a bientôt perdu de vue cette lugubre perspective, et, s’il file vers le sud, il entre dans une espèce de canal bordé d’un côté par le rivage pittoresque de l’Australie, et de l’autre par cette ligne de rochers de corail qu’on appelle la grande barrière,