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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/648

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ses plus difficiles entreprises, il convient de prendre une idée du vaste pays où s’est déployé si énergiquement son génie colonisateur. Commençons donc par faire, à la suite du Beagle, le tour de l’Australie : c’est le plus sûr moyen de nous intéresser aux efforts dont cette terre a été le théâtre.


I.

Le continent appelé Australie ou Nouvelle-Hollande est situé, comme on sait, au sud-est de l’Asie, sous la même latitude à peu près que le cap de Bonne-Espérance et le Brésil, dans la vaste mer qui s’étend des côtes orientales de l’Afrique aux rivages occidentaux de l’Amérique du Sud. Égal en superficie aux quatre cinquièmes de l’Europe, il se déploie depuis le 11° jusqu’au 30° de latitude, et du 111° au 152° de longitude. Du côté de l’ouest et du sud, si on excepte la Tasmanie ou terre de Van-Diemen, qui s’y rattache pour ainsi dire, l’Australie est complètement isolée. Au nord, au contraire, elle touche presque aux îles de la Malaisie et à la Nouvelle-Guinée. Du côté de l’est, mais à une distance beaucoup plus grande, elle a devant elle, — outre la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie et plusieurs îles qui appartiennent à la même division océanique, — les mille archipels de la Polynésie. Cette terre, dont l’intérieur est encore un livre fermé, se divise en quatre régions l’Australie septentrionale, l’Australie occidentale, l’Australie méridionale, et la Nouvelle-Galles du sud, qui embrasse une partie du midi et remonte à l’est jusqu’aux limites de la contrée septentrionale. Sur une aussi vaste étendue de terrain, le climat est naturellement varié ; il est presque partout très sain et très favorable aux Européens ; mais principalement dans les contrées du sud. La température y descend plus bas que dans les latitudes correspondantes de l’hémisphère boréal.

Le voyageur qui commence l’exploration de l’Australie par les côtes occidentales voit ce pays sous son plus triste aspect. Sur ces côtes, rarement visitées jusqu’à ce jour, le regard n’embrasse durant des centaines de kilomètres que des rivages plats, nus et sablonneux. Je me figure le désenchantement d’un nouveau colon qui s’est embarqué sur la foi des agioteurs ou des agens d’émigration. Au lieu des sites imposans qui devaient frapper ses yeux, il n’aperçoit ici qu’une plaine monotone bordée au loin par une chaîne de coteaux arides ; en plus d’un endroit, il reconnaît la trace des ravages commis par les rares tribus indigènes qui habitent cette partie du continent. Soit par négligence, soit à dessein, les naturels mettent le feu à des monceaux d’herbes sèches ; le feu couve inaperçu jusqu’à ce qu’un souffle d’air le pousse au buisson voisin ; la flamme, promenée par le vent, traverse bientôt la prairie, gagne la montagne, s’élance par-dessus le lit du torrent desséché, enveloppe