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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/647

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Des écrits récemment publiés en Angleterre, soit par des colons, soit par des officiers de la marine royale, soit par des voyageurs, ont répandu un nouveau jour sur le système de colonisation que les Anglais pratiquent dans la Nouvelle-Hollande. Aucun de ces ouvrages ne nous a paru renfermer un tableau plus complet de l’état actuel du monde austral que la relation d’une longue et heureuse mission hydrographique accomplie par le capitaine Stokes, commandant le navire le Beagle. A côté des nombreux détails techniques, ce journal présente des observations qui nous permettent d’apprécier les progrès de nos voisins, et de voir en quelque sorte à l’œuvre leur âpre activité. Bien que naturellement enclin à jeter un voile sur les fautes de ses compatriotes, l’auteur sait ne point ériger à leur égard l’indulgence en système ; il se contente, en général, de ne pas flétrir trop haut les abus qu’il se croit obligé de reconnaître. Cette bonne foi évidente n’est pas le seul titre du capitaine Stokes à notre confiance : il est demeuré plus de six ans sur les côtes de l’Australie, de 1837 à 1843, et n’a pas vu en touriste impatient les contrées dont il parle. Le Beagle a fait plusieurs fois le tour de ce continent ; il a visité toutes les positions importantes et touché souvent à des rivages inconnus, auxquels il semblait porter la promesse de la civilisation. Pendant ces longues et laborieuses excursions, le capitaine Stokes ne négligeait rien de ce qui pouvait éclairer son pays sur les ressources et les besoins de la colonie australienne. Le récit d’une simple expédition hydrographique est devenu ainsi un document politique d’un intérêt général.

Il est cependant un aspect du pays que le capitaine Stokes a été contraint de laisser dans l’ombre. A son importance politique, la Nouvelle-Hollande unit des richesses naturelles qui attendent aussi les recherches des explorateurs. Un autre voyageur a décrit cette face curieuse du monde austral. M. de Strzelecki, dans une relation publiée quelques mois avant l’ouvrage du capitaine Stokes, nous donne le résumé de ses études sur la terre de Van-Diemen et la Nouvelle-Galles du sud. La géologie, la minéralogie, la zoologie, la météorologie et la botanique lui doivent d’intéressantes observations. Quelques pages sont consacrées à la race indigène et aux colons européens ; mais l’auteur nous paraît sur ce point beaucoup moins impartial que le commandant du Beagle, beaucoup plus porté à excuser les fautes des Anglais. Ce qui donne du prix à son livre, ce sont donc moins les impressions du voyageur que les remarques du savant. C’est par sa partie politique, au contraire, que le livre du capitaine Stokes se recommande surtout à notre attention. Les deux ouvrages qui nous serviront de guides sur le continent austral se complètent ainsi l’un l’autre, et nous n’aurons pas de peine à y puiser les élémens d’une utile appréciation. Toutefois, avant de dire comment l’Angleterre a procédé dans une de