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doyés sans nul doute par la bande portugaise ? L’alferez, atterré, ne répliqua rien, sinon qu’il était innocent, et que les témoins étaient des menteurs infâmes. Cette affirmation, que n’appuyait aucune preuve, était insignifiante, et l’alferez fut condamné, séance tenante, à être pendu jusqu’à ce que mort s’ensuivît, sur la grande place de la ville, le huitième jour, au coucher du soleil.

Cette sentence inattendue, et qui prêtait si peu à l’équivoque, donna fort à réfléchir à Catalina. Être condamnée comme amant de la señora de Acosta, c’était jouer de malheur. L’idée lui vint sur-le-champ de confondre les imposteurs en avouant ce qu’elle était ; mais, comme elle se décidait à cette déclaration, une pensée la retint. À quoi servirait cet aveu ? prouverait-il qu’elle était innocente du meurtre de don Fernando ? Le bruit que ne manquerait pas de faire une pareille révélation ne se ferait-il pas entendre par-delà les Cordilières, jusqu’en Espagne peut-être ? Et si elle se disculpait par cet aveu (ce qui était fort douteux) du meurtre de don Fernando, ne s’exposait-elle pas à voir rechercher dans sa vie passée quelques peccadilles au moins équivalentes ? L’inquisition ne viendrait-elle pas d’ailleurs à s’occuper d’elle ? et que penserait l’inquisition de son travestissement, de son existence aventureuse ? N’y avait-il pas là un cas de sorcellerie qui pouvait la mener au bûcher ? Mourir pour mourir, mieux valait encore la corde que la torture et le gibet qu’un auto-da-fé. L’amour de la vie luttait secrètement en elle cependant, et Catalina s’attachait à l’aveu de son sexe comme à une espérance dernière. Durant ces hésitations, sept jours s’étaient écoulés, et la prisonnière sentit son cœur faiblir, lorsqu’elle vit, à travers les barreaux de son soupirail, disparaître derrière les montagnes les derniers rayons de son dernier soleil. En ce moment, quatre religieux entrèrent dans la prison ; ils venaient préparer le condamné à la mort. Le premier qui parut était un homme d’une physionomie énergique et fine. Catalina crut remarquer qu’il lui faisait des signes d’intelligence, et un frisson la prit quand elle aperçut entre ses doigts un chiffon de papier qu’il lui montrait à la dérobée. Elle vint d’un air de componction se jeter à ses genoux et appuyer son front sur ses deux mains ; dans ce mouvement, elle put saisir le mystérieux billet, et en se relevant, elle le fit glisser dans sa poche. — Je suis heureux, mon fils, lui dit le moine, de vous trouver dans ces pieuses dispositions. Recueillez-vous un instant et préparez-vous à une bonne confession. – L’alferez songeait au billet et n’écoutait guère ce que disait le moine. Il comprit cependant qu’en faisant mine de se recueillir, il pouvait se dérober un instant à la surveillance des quatre religieux, et il alla s’agenouiller devant son grabat. Là, il ouvrit le papier mystérieux et y lut furtivement ces seuls mots : Ne vous confessez pas. J. — Après une seconde de réflexion : — Caramba ! mes bons