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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/61

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empêchés de serrer les Danois d’aussi près que Nelson en avait l’intention ; ils n’avaient combattu qu’à la distance moyenne de 3 ou 400 mètres des bâtimens d’un fort échantillon qui, sans mâts pour la plupart, disparaissaient souvent au milieu de la fumée, et ils n’avaient pu tirer de leur artillerie, de leurs caronades de 68 surtout, nouvelle arme à courte portée récemment sortie des fonderies écossaises, tout le parti qu’ils en eussent tiré dans un engagement bord à bord. Leur victoire cependant avait été complète. Ils étaient libres de faire avancer leurs bombardes contre Copenhague dès que le temps serait plus favorable, et il dépendait d’eux de couvrir la capitale du Danemark de leurs projectiles. Toutefois un bombardement, surtout un bombardement maritime, n’est point chose si terrible qu’on pense : on pouvait effrayer des femmes et des enfans, causer quelques malheurs individuels, allumer l’incendie sur plusieurs points de cette grande ville, sans triompher pour cela de la résistance d’une population héroïque. Si le prince royal eût su envisager de sang-froid cette perspective, les Anglais, opérant le soir même leur mouvement de retraite sous le feu des batteries ennemies, n’eussent point assurément sauvé tous leurs vaisseaux ; mais, pour rejeter les avances de Nelson, il eût fallu rester insensible à cet affreux spectacle du Dannebrog sautant en l’air avec presque tous ses blessés ; il eût fallu se résigner à demander de nouveaux sacrifices à cette brave population déjà si maltraitée, et le prince Frédéric, qui, après un long règne, a emporté dans la tombe, au mois de décembre 1839, les regrets de tout un peuple, possédait trop bien les qualités d’un bon roi pour avoir cette cruelle constance. Il donna l’ordre de cesser le feu, et expédia à bord de l’Éléphant son aide-de-camp, le général Lindholm. Cet officier était porteur d’une simple question : « Quel était le but de la lettre de lord Nelson ? — Ce n’est que par un sentiment d’humanité, répondit l’amiral, que j’ai envoyé un parlementaire au prince royal. J’ai voulu laisser aux Danois la faculté de transporter leurs blessés à terre. Les bâtimens qui ont amené leur pavillon m’appartiennent ; je les brûlerai ou les emmènerai suivant ma convenance ; leurs équipages seront considérés comme prisonniers de guerre. C’est à ces conditions que je consens à suspendre les hostilités ; mais je n’aurai jamais remporté de plus grande victoire qu’en ce jour, si ce pavillon de trêve peut être le présage d’une union solide et durable entre le souverain de la Grande-Bretagne et sa majesté le roi de Danemark. Mon aide-de-camp portera cette réponse au prince. Il n’appartient toutefois qu’à l’amiral Parker de fixer la durée de cette suspension d’armes, et ce n’est qu’à bord du London que vous pouvez en conférer. »

Près de quatre milles séparaient alors le London de l’Éléphant. Le général Lindholm consentit cependant à se rendre à bord de ce vaisseau.