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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/582

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qu’à propos de Cracovie, à reproduire cette unanimité dont, pour la question du droit de visite, la chambre, il y a quelques années, donna le patriotique spectacle : accord imposant par lequel tout le monde grandissait, opposition, gouvernement, majorité.

En dehors de la sphère parlementaire, la situation intérieure est pour tous le sujet des préoccupations les plus graves. Ces préoccupations ne sont pas politiques. Elles n’ont pour objet ni la réforme parlementaire ni la réforme électorale. Le publiciste éminent qui vient de traiter ces questions, M. Duvergier de Hauranne, reconnaît que, pour publier son travail, il eût pu attendre des circonstances plus opportunes. En effet, les esprits sont occupés ailleurs. Au reste, lorsque ces questions reviendront à l’ordre du jour, le livre remarquable de M. Duvergier sera nécessairement une des pièces de l’instruction, et nous y avons retrouvé les qualités connues de l’écrivain, son argumentation claire, spirituelle, incisive. Toutefois ces qualités ne peuvent dissimuler un défaut de proportion sensible entre les affirmations contenues dans ce travail et les conclusions. La peinture que fait M. Duvergier de la corruption politique est effrayante, il semble que le corps social soit près de tomber en dissolution. Or, à ces maux, quels remèdes indique-t-il ? M. Duvergier a trop de sens et de raison pour être le partisan du suffrage universel ; il ne veut pas non plus, et sur ce point nous sommes aussi de son avis, il ne veut pas, pour l’avenir, de l’élection à deux degrés. Il se borne à demander qu’on augmente le nombre des députés, en attribuant cette augmentation aux collèges nombreux, qu’on élève au chiffre de quatre cents électeurs le minimum nécessaire pour former un collége, et qu’on admette quelques capacités. Ces changemens à la législation électorale peuvent être utiles, et nous louerons M. Duvergier d’avoir voulu respecter les habitudes établies, les idées dominantes, les positions faites. Seulement, quand on arrive à une conclusion si modeste, on se demande comment la société sera guérie par de pareils moyens, si elle est si profondément corrompue. Entre le mal et le remède, n’y a-t-il pas désharmonie ?

Mais nous ne saurions songer aujourd’hui à suivre l’honorable député dans ces questions de droit politique qu’il éclaire toujours par de piquantes comparaisons tirées de l’histoire d’Angleterre. Nous sommes ramenés à d’autres pensées par le souvenir de ces populations nombreuses qu’ont égarées des craintes sur leur propre existence. Sans doute ces craintes étaient le résultat de l’ignorance, mais aussi elles étaient sincères et jusqu’à un certain point respectables. C’est sur les endroits du territoire dont la fécondité assurait le plus de grains au marché que les désordres ont éclaté ; la circulation et l’exportation des grains étaient regardées comme de véritables attentats. Dans les parties du royaume, comme les départemens de l’est, où la production est à peu près en rapport avec la consommation, l’ordre n’a pas été troublé. Il faut joindre encore à l’ignorance des populations les passions mauvaises, les penchans pervers qu’on trouve toujours dans les bas fonds de la société, et qui ne manquent jamais de remonter à la surface, pour peu que l’orage se déclare. Enfin on doit aussi faire la part des fausses théories, des enseignemens coupables, qui, on le sait, prennent toutes les formes pour pénétrer dans les esprits. La situation est donc sérieuse, difficile et complexe. On n’a vu se produire sur aucun point une de ces grandes émeutes dont les instigateurs arborent hautement le drapeau de