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de serrer l’ennemi au feu, et clouez-le, s’il le faut, au grand mât du vaisseau. C’est ainsi que je réponds à des signaux pareils. » L’escadre anglaise dut son salut à cette noble audace. Si Nelson, obéissant aux ordres de l’amiral Parker, eût donné le signal de la retraite, la plupart de ses vaisseaux, à demi dégréés, ne seraient point sortis du chenal compliqué dans lequel ils étaient engagés. La batterie des Trois-Couronnes, presque intacte encore, leur fermait la retraite et tenait en échec la division de l’amiral Parker.

Trois frégates et deux corvettes avaient pris, sous les ordres du capitaine Riou, le poste que devaient occuper la Bellone et le Russell par le travers de ce formidable ouvrage. Favorisée par le faible tirant d’eau de ses bâtimens, cette division pouvait exécuter sans peine la manœuvre signalée par l’amiral Parker. Les avaries qu’elle avait éprouvées lui rendaient d’ailleurs cette retraite nécessaire. Elle coupa ses câbles et se dirigea, poursuivie par une dernière bordée, qui fut très meurtrière, vers les vaisseaux qui l’attendaient en dehors. Au moment où l’Amazone, en abattant, présentait sa poupe aux batteries ennemies, le capitaine Riou fut coupé en deux par un boulet. Cet excellent officier se retirait le désespoir dans l’ame. « Que va penser de nous lord Nelson ? » disait-il avec amertume. Assis sur un canon et déjà blessé d’un éclat de bois à la tête, il encourageait ses matelots occupés à brasser la grand’vergue, quand il reçut le coup mortel.

Ce ne fut qu’à une heure et demie que le sort sembla se décider en faveur de l’escadre anglaise. Les câbles d’un vaisseau danois, le Syoelland, et d’une grosse corvette de 20 canons de 24, le Rendsborg, avaient été coupés par les boulets ennemis. Ces deux bâtimens allèrent s’échouer en dérivant, la corvette sur un banc de sable, le vaisseau sous la batterie des Trois-Couronnes : il en résultat un vide funeste dans la ligne d’embossage. Un vieux vaisseau à trois ponts que les Danois avaient rasé et armé de 515 hommes d’équipage et de 56 pièces de canon, le Provestein, fut le premier de leurs bâtimens qui succomba. Il formait vers le sud la tête de la ligne et s’appuyait, bien que de trop loin, aux batteries de l’île d’Amack. Ce vaisseau avait à combattre l’Isis et le Polyphemus et recevait, d’une frégate mouillée sur son avant, des bordées qui, le prenant de bout en bout, eurent bientôt mis la plupart de ses canons hors de service. Dans cet état, il refusait encore de se rendre. M. De Lassen, qui le commandait, après avoir combattu pendant près d’une heure avec trois pièces, les seules qui ne fussent point démontées, se jeta à la nage pour ne pas amener son pavillon et fut recueilli par les embarcations danoises avec une centaine d’hommes qui échappèrent ainsi à cette boucherie. Au centre, le Dannebrog supportait depuis le commencement de l’action l’effort de trois vaisseaux anglais. Le feu s’était déclaré à bord de ce vaisseau, et le commodore Fischer avait