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soient françaises, et que des avantages leur soient garantis. Il est à craindre que la plupart des concessionnaires ne puissent remplir ces conditions : ils ne peuvent recruter les bras parce qu’ils n’ont pas assez d’argent, et on ne leur confie pas d’argent parce qu’on sait qu’ils n’ont pas de bras.

Plusieurs théoriciens ont cherché dans l’association des intérêts la force nécessaire pour briser ce cercle vicieux. Quelques livres écrits sous cette inspiration ont été remarqués : ce sont ceux de M. Enfantin, de M. Lingay, de l’abbé Landmann. M. Enfantin s’est maintenu dans les généralités sociales sans descendre aux détails économiques. Il veut que le gouvernement trace le plan de l’entreprise, mais qu’il en confie l’exécution aux intérêts privés. « La mission d’un gouvernement, dit-il avec raison, n’est pas de faire, mais de faire faire. » Après avoir établi en principe que la propriété doit être collective, et que chaque arrondissement colonial doit former un groupe associé pour le travail comme pour les bénéfices, il distingue deux zones d’établissemens : des colonies militaires instituées aux frais de l’état, avant-garde de la civilisation contre les barbares, et des colonies civiles créées par des appels de fonds aux capitalistes. Quoique M. Enfantin ait saisi un prétexte pour formuler une théorie générale d’association plutôt qu’un projet immédiatement applicable à l’Algérie, il y a beaucoup à prendre dans son livre, comme dans toutes les manifestations de cet esprit puissant et sympathique.

Un livre dont le titre fait image, la France en Afrique, a excité dans le public un mouvement marqué d’attention. On disait que l’auteur, mal caché par l’anonyme, va prêté sa plume leste et intelligente à la pensée d’un homme politique placé au premier rang. L’ouvrage n’avait pas ce caractère semi-officiel. Toutefois, en sa double qualité de secrétaire de la présidence du conseil et de la commission spéciale instituée pour les affaires de l’Algérie, l’auteur a pu parler souvent en pleine connaissance de cause, avec un accent de confiance et d’enthousiasme auquel le lecteur est heureux de s’abandonner. Le livre de M. Lingay est un tableau destiné à refléter aux yeux de la France l’ensemble des efforts dont la régénération de l’Afrique est aujourd’hui le but. Loin de se prononcer pour un système absolu, l’auteur s’applique à représenter l’Algérie comme un vaste laboratoire où toutes les expériences loyales et raisonnables doivent être permises : néanmoins on discerne une préférence pour un mode de colonisation admettant les grandes compagnies. La commission dont M. Lingay est le secrétaire avait posé en principe, dès l’année 1842, que, la colonie devant être mise en état de se suffire à elle-même, le but à atteindre est le peuplement pour la défense du sol et la fertilisation du sol pour les besoins du peuple nouveau. L’auteur de la France en Afrique a entrevu que