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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/436

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OCTAVE.

I.

Dans la partie la plus aride du département des Hautes-Alpes, à une demi-lieue de la route de Grenoble, on voit un château d’assez sombre apparence, dont les archéologues auraient peine à déterminer le style et la date. Ce château, appelé Blignieux, se compose d’un bâtiment carré, flanqué de deux tourelles décapitées pendant la révolution, et recouvertes d’une toiture en tuiles rouges. La grille fait face à une avenue d’ormeaux rabougris, aboutissant à un chemin frayé jusqu’à la grande route à travers des terres pierreuses. Une longue terrasse, parallèle à la façade, donne vue, à droite, sur un paysage terne et froid, qui n’a ni le caractère grandiose des montagnes du Dauphiné, ni la physionomie riante des plaines de la Provence. Ce sont des collines d’un dessin vulgaire, d’une teinte pâle et argileuse, se succédant, par mamelons inégaux, jusqu’aux premiers contreforts des Alpes. La végétation y est souffreteuse ; les habitans ont un air de pauvreté qui serre le cœur. Quand vient la saison des pluies, rien n’est plus triste que ces horizons écrasés par un ciel bas ou estompés par la brume. Il y avait, au moment où commence mon récit, bien des années que le bonheur et la joie semblaient exilés de ce château. Blignieux appartenait au comte Octave d’Esparon, qui l’avait quitté depuis long-temps en y laissant sa femme et son fils. Les détails de cette séparalion à l’amiable n’étaient qu’imparfaitement connus : ces vieux murs en avaient gardé le secret.

Bien jeune encore. Octave d’Esparon s’était trouvé, par la mort de ses parens, à la tête de son patrimoine. Élevé à Paris, pendant ces années si riches en enthousiasme qui marquèrent la seconde période de