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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/430

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s’efforcer avec la plus active sollicitude d’attirer dans nos ports, à l’état d’entrepôt, de grands approvisionnemens de grains. Quelques personnes, effrayées de la hausse des grains et l’attribuant à tort à une rareté extrême, ont essayé de recommander encore la formation de grandes réserves aux frais de l’état ou des communes, comme si la France n’avait pas déjà assez fait à ses dépens l’expérience de ce système ! Des amas de grains volontairement tenus par le commerce en entrepôt, voilà les véritables réserves, les plus inépuisables, et celles-là ne coûteront pas un centime au trésor public. C’est ce que fait l’Angleterre avec succès ; c’est ce dont la Hollande a donné l’exemple avant tout le monde, et c’est ainsi qu’avec le territoire le moins propre à la culture des céréales, la nation hollandaise est depuis long-temps celle qui est le mieux à l’abri des famines, chez qui le prix du pain varie le moins. Nous cependant, malgré les avis répétés par des hommes éclairés, nous ne faisons rien pour que ceux de nos ports que la nature semble avoir le mieux placés, afin que le commerce général les choisisse pour ses points de dépôt et d’approvisionnement, remplissent cette heureuse mission à l’égard des céréales. Nous tolérons dans ces ports des monopoles semblables à ceux de l’ancien régime, qui écartent le commerce des grains par leurs exorbitantes prétentions. Marseille, le premier port de la Méditerranée par l’excellence de sa situation, par l’étendue des valeurs qui s’y manient, par le nombre des navires qui y touchent, devrait être un des premiers entrepôts de céréales du monde entier. Ainsi semble le vouloir la force des choses, ainsi le commande l’intérêt général ; mais des intérêts privés s’y opposent. Il suffirait, à cet effet, que Marseille eût un de ces édifices vastes et simples au milieu desquels pénètrent les navires, où des procédés expéditifs et économiques de chargement et de déchargement permettent sans peine et sans dépense la manutention de grandes masses de denrées, où des magasins spacieux, bien aérés ou bien clos selon les besoins, reçoivent et conservent tout ce qu’on leur confie, où le commerce est garanti des chances de vol si fréquentes sur les quais ouverts des ports, et où enfin la douane a toute sûreté contre la contrebande. C’est ce que les Anglais ont multiplié chez eux sous le nom de docks, et ce que possédaient les Hollandais avant les Anglais. Marseille n’a pas encore de docks ; le Havre, Bordeaux, Nantes, pas davantage. La France n’en possède pas un seul. On en compte douze ou quatorze, je crois, dans la seule ville de Liverpool. A Marseille, les marchandises vont s’entreposer dans des magasins particuliers épars dans la ville, qu’on nomme des domaines, et les propriétaires des domaines, avec la hardiesse qu’affichent de nos jours les intérêts privés dans l’exaltation de leur égoïsme, soutiennent imperturbablement qu’un dock serait une calamité pour Marseille. Ils ont des auxiliaires puissans dans la très respectable compagnie