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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/428

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Basse-Bretagne, ne vous le demandait pas. S’il avait eu intérêt à acheter le blé des Bas-Bretons, il serait allé le chercher. Du moment qu’il s’en est abstenu, c’est qu’il aura préféré s’approvisionner à Odessa, ou à Palerme, ou à New-York. Si cependant ou ferme la Basse-Bretagne au commerçant qui voulait expédier des grains en Angleterre, ou en Belgique, ou en Hollande, le Hollandais, le Belge ou l’Anglais sont forcés d’aller à Odessa, à Palerme ou à New-York disputer au négociant marseillais les blés de ces pays. Ce conflit de fortes commandes arrivant coup sur coup aura l’immanquable effet de déterminer une hausse brusque et excessive sur les marchés des pays producteurs, et la mesure restrictive, adoptée dans l’intérêt du consommateur français, aboutira à lui faire payer l’hectolitre 5 fr., 10 fr. ou 15 fr. plus cher.

De ce point de vue, il est à regretter que l’administration ait cru devoir tout récemment frapper d’interdit, par exception, la sortie des pommes de terre et des légumes secs. Sur la foi des lois existantes, les cultivateurs de quelques-unes de nos provinces maritimes cultivaient régulièrement les légumes secs et les pommes de terre dans le but de les exporter. En 1845, il en est sorti ainsi 39,000 tonneaux (de 1,000 kilogrammes), représentant une valeur de 4,900,000 francs, presque tout à destination de l’Angleterre et de la Belgique. On trouble ces cultivateurs dans leurs arrangemens, et rien ne prouve que l’intérêt public ait quelque chose à y gagner. Si c’est Limoges ou Clermont ou Nîmes qui réclament un supplément de légumes secs ou de pommes de terre, croit-on que ces denrées leur viendront de la Flandre ou de la Basse-Normandie ? Il est très possible qu’avec ces restrictions l’on cause une sorte d’exubérance relative d’un côté sans remédier à la pénurie qui se fait sentir d’un autre

Nous concevons combien est difficile la position de l’administration en présence de populations alarmées sur leur subsistance. Un ministre peut se croire obligé de sacrifier à des préjugés qu’il ne partage pas. Certainement on aura pensé que cette défense d’exporter calmerait les populations inquiètes ; mais ce sont des expédiens très dangereux que ceux qui consistent à donner raison aux erreurs populaires. On s’expose à être entraîné bien loin quand on entre dans cette voie-là, et c’est ainsi souvent, l’histoire nous le dit, que mainte catastrophe a été rendue inévitable. Croit-on qu’il soit sans péril d’accréditer l’idée des approvisionnemens réservés ? Le paysan breton ou picard, qui voit que le gouvernement condamne la sortie de certaines denrées alimentaires du côté de la mer, ne s’en prévaudra-t-il pas pour vouloir qu’on ne retire plus rien de sa province, ou même de son canton, par terre ?

Et puis, avec des procédés coercitifs, on provoque les représailles. Que pourrait-on répondre si les gouvernemens d’Angleterre, ou de Belgique, ou de Hollande, se disant, eux aussi, poussés par l’opinion