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même les rectifications de routes royales, ne s’étendent pas à toutes les localités indistinctement ; il y avait donc à généraliser davantage le débouché offert aux bras inoccupés, à la population nécessiteuse. C’est à quoi le ministre de l’intérieur a pourvu en donnant une impulsion nouvelle aux travaux d’utilité communale. Un crédit extraordinaire de 4 millions a été ouvert à cet effet : les communes devront faire les trois quarts de la dépense ; l’état couvrira l’autre quart. On conçoit que ce n’est qu’un premier essai. Le ministre, justement économe des deniers de l’état, a restreint le crédit et a demandé une forte coopération aux communes. Actuellement que les chambres sont assemblées, rien ne sera plus facile, autant que le besoin en sera constaté, que de grossir la somme, d’en varier l’emploi et d’accommoder de plus de variété les conditions du concours de l’état. L’administration pourra être autorisée à porter son concours financier au tiers ou même à la moitié dans certains cas spécifiés. Il conviendrait aussi que l’état, indépendamment du don gratuit, fît, dans d’autres cas, des avances dans lesquelles il rentrerait plus tard.

Il ne faut pas non plus que les particuliers se croient quittes, dans les temps de souffrance publique, parce que le gouvernement aura consacré quelques millions à multiplier et à agrandir les chantiers de terrassement. C’est le cas de répéter le mot d’ordre de Nelson au moment d’une bataille fameuse. Quand les temps sont durs pour la masse de la population, chacun a un devoir à remplir, et la patrie attend que chacun fasse son devoir. La charité privée déploiera donc aussi toute sa sollicitude, toute son activité, toute son intelligence. Je ne veux pas parler seulement des aumônes que distribue la charité individuelle, ni même de ces travaux que quelques riches propriétaires font exécuter dans leurs domaines. La ville de Lyon a donné, en 1837, un exemple qu’en ce moment on ne saurait trop recommander, et la commission de prévoyance de cette ville, spontanément organisée alors par les notables, est un modèle sur lequel maintenant on doit fixer les yeux partout où des populations agglomérées manqueraient de travail. C’est un sujet qui a assez d’à-propos pour que je ne me borne pas à le mentionner et pour que j’entre dans quelques détails.

Il y a peu d’années, en 1837, se manifesta en Amérique la crise financière dont l’Union n’est pas encore complètement dégagée ; par le contrecoup, vingt mille ouvriers lyonnais se trouvèrent sur le pavé. Dans cette situation pénible, la commission de prévoyance se forma sous les auspices de l’autorité. Elle commença par ouvrir dans la ville une souscription qui produisit environ 55,000 francs. M. le duc d’Orléans, qu’affligeait la détresse de la seconde ville du royaume, fit don d’une somme de 50,000 francs. A Paris, on s’en était pareillement ému : un concert qu’on y donna rapporta près de 20,000 fr. C’était en tout 126,610 fr.