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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/379

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ils retentiront à la tribune. M. le général de Lamoricière est député, et il sera pour M. le maréchal Bugeaud un contradicteur parlementaire que la chambre ne pourra manquer d’écouter avec intérêt. Il paraît qu’outre le fonds de quinze cent mille francs consacrés aujourd’hui à l’œuvre de la colonisation, le gouvernement proposera aux chambres de voter une somme de trois millions, qui sera affectée à des essais dirigés suivant le triple système de M. le général de Lamoricière, de M. le général Bedeau et de M. le duc d’Isly. Les trois provinces d’Alger, d’Oran et de Constantine verront ainsi s’ouvrir une sorte de concours. Les adversaires du système de M. le maréchal Bugeaud lui reprochent de n’avoir pas prévu que la présence des grands propriétaires pouvait seule assurer l’avenir de la colonisation, que de petits propriétaires livrés à eux-mêmes devaient se trouver réduits à une détresse irrémédiable par une seule récolte manquée, dès qu’ils n’avaient pas auprès d’eux quelques riches colons qui pussent leur donner du travail dans les mauvais jours. Il faut, en tout cela, attendre les en quêtes et les explorations faites sur les lieux. Il est réservé à ces questions importantes d’exciter davantage de jour en jour la sollicitude du gouvernement et des chambres, ainsi que la curiosité du pays.

Nos espérances de voir les affaires du commerce et de l’industrie s’améliorer progressivement ne se sont malheureusement pas réalisées. L’argent devient de plus en plus rare, et les négociations sont presque impossibles autrement que par la Banque de France. Il était cependant permis de penser qu’après l’époque toujours critique du 31 décembre le numéraire reparaîtrait, et que le cours de toutes les valeurs s’améliorerait. Au lieu de cet heureux résultat, nous devons constater une baisse de 1 franc sur la rente dans cette quinzaine ; les chemins de fer ont aussi subi une dépréciation nouvelle. Sur les actions du chemin du Nord, lorsque les versemens se font encore plus régulièrement que sur celles du chemin de Lyon, la baisse a été de 25 francs. Nous n’avons à signaler d’autres causes de cette baisse que l’inquiétude dans laquelle chacun reste à l’égard des mesures que la Banque menace de prendre. Les bruits les plus divers continuent à circuler : on parle toujours du désir des directeurs, en présence de la diminution de la réserve, d’élever le taux de l’escompte, de diminuer le crédit des comptes ouverts chez elle aux banquiers, de ne plus escompter que des effets à deux mois. On affirme même, mais nous avons peine à le croire, que c’est M. le ministre des finances qui presse le conseil d’administration de prendre ces mesures, se préoccupant ainsi bien plus de la position particulière d’un établissement dont il est le tuteur que du mal causé infailliblement par de semblables décisions. Heureusement, jusqu’à ce jour, les régens ont été divisés sur ces graves questions. Cependant, s’il est vrai que ce soit maintenant dans la proportion seulement de 7 voix contre 7, c’est le moment d’indiquer les fâcheuses conséquences qu’entraînerait le déplacement d’un suffrage. Élever le taux de l’escompte de 4 à 5 pour 100 serait encore ce qui amènerait le moins de perturbation. Pourvu qu’il ait l’argent nécessaire à ses besoins, le commerce se résigne encore à le payer plus cher. Remarquons toutefois que la Banque, qui n’a pas voulu abaisser le taux de son escompte lorsque l’argent était très a boudant, devrait peut-être se regarder comme engagée d’honneur à ne pas l’élever dans un temps, de crise ; mais restreindre le crédit des comptes, alors qu’il faut donner plus de