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de prendre une résolution rapide et légitime, le gouvernement français n’a pas hésité à se conduire avec décision dans les limites qu’il avait lui-même tracées. Nous persistons à l’en louer.

Si la réponse du 31 octobre de lord Palmerston est acrimonieuse, la réplique de M. Guizot est ferme, et en certains endroits assez hautaine. Pour le besoin de sa subtile discussion, lord Palmerston avait cité d’une manière peu exacte plusieurs passages de la dépêche française : M. Guizot, pour toute réponse, rétablit le texte ; il rend ensuite un hommage mérité à la loyauté de lord Aberdeen.

Voici à quelle occasion : lord Palmerston avait remarqué, dans sa dépêche, que ce fut lord Aberdeen lui-même qui apprit au gouvernement français que la reine Christine avait écrit une lettre au duc régnant de Saxe Cobourg, pour lui proposer le mariage du prince Léopold avec la reine Isabelle. Le fait est constant, et M. Guizot, dans sa note en date du 22 novembre 1846, le reconnaît. Seulement il n’avait pas voulu être le premier à le révéler dans un document officiel, parce que cette information avait été tout-à-fait confidentielle et intime. Il est permis de s’étonner que lord Palmerston ait pris l’initiative pour nous instruire de cette particularité, car elle fait ressortir encore davantage la différence de sa politique avec celle de son prédécesseur. Lord Aberdeen est fidèle à l’action commune que s’étaient promise les deux gouvernemens de France et d’Angleterre ; lord Palmerston, dès sa rentrée aux affaires, adopte sur la question d’Espagne une politique isolée. Lord Aberdeen, au mois de mai 1846, informe le cabinet français d’une démarche qui donnait un caractère certain à la candidature du prince Léopold de Cobourg, et il blâme en même temps M. Bulwer de s’être associé à cette démarche, qu’il désavoue ; lord Palmerston, au mois de juillet suivant, sans avis, sans communication à la France, place au premier rang la candidature du prince Léopold. M. Guizot n’a eu garde de ne pas relever un contraste aussi décisif. Plus concise que la réponse de lord Palmerston, sa réplique a un grand ton de fermeté ; elle relève des erreurs graves, rétablit des faits essentiels, et replace la question dans les limites constitutionnelles dont s’était écarté lord Palmerston, en faisant intervenir en ce débat diplomatique une personne royale qui ne saurait y paraître. M. le ministre des affaires étrangères revendique pour lui seul la responsabilité de la politique du gouvernement qu’il représente. C’est, dit-il, son droit et son honneur. C’est à cette pièce que lord Palmerston vient à son tour de faire une réplique. Ce nouveau document ne figure pas parmi ceux qui ont été communiqués aux chambres ; M. le ministre des affaires étrangères ne veut sans doute le publier qu’après y avoir répondu. Nous verrons alors si le ministre whig est rentré dans l’arène avec des faits nouveaux, des révélations accablantes. Les documens que déposera de son côté, sur le bureau de la chambre des communes, le ministère anglais, ne détruiront-ils pas une partie des assertions du gouvernement français ? Il est naturel que des esprits soupçonneux posent cette question, qui ne peut recevoir de réponse qu’à l’apparition des documens anglais ; mais maintenant nous ne saurions hésiter à dire, sur les pièces connues, que le gouvernement français n’a manqué ni aux engagemens pris, ni aux bons procédés qu’il devait à une alliée comme l’Angleterre.

Lord Palmerston n’a pas voulu suivre sur les mariages espagnols la même politique que lord Aberdeen, voilà la vérité, voilà la cause de toute l’émotion qui