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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/369

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d’harmonie complète qui fait tenir à chacune même langage et prendre la même allure. Dans ces dernières années, notre gouvernement avait trop poursuivi la chimère de cette complète harmonie ; le langage tenu dans le discours de la couronne est pour nous une nouvelle preuve qu’il a reconnu cette illusion, qui, en se dissipant, n’emporte pas néanmoins avec elle notre légitime confiance dans un avenir pacifique. On peut pressentir partout une double disposition. Chaque gouvernement veut, en Europe, vaquer à ses intérêts, se conduire d’après ses propres principes, et en même temps il comprend qu’il y a une limite qu’il ne doit pas franchir, pour ne pas s’exposer à une collision fâcheuse avec d’autres intérêts et d’autres principes. C’est assez que ces deux dispositions coexistent pour n’avoir pas à craindre de prochains conflits. L’Europe n’est pas à la veille de voir renaître ces coalitions formidables qui l’ont ébranlée au commencement de ce siècle. Notre époque est plus prudente et plus modeste, et aussi elle a d’autres instincts, d’autres pensées. Quand on a la passion des améliorations intérieures et des prospérités industrielles, on ne court pas aux armes.

Il y a long-temps que par le fait même du gouvernement un aussi vaste champ de discussion n’avait été ouvert aux chambres. M. le ministre des affaires étrangères vient de leur communiquer un certain nombre de documens sur les grandes questions extérieures à l’ordre du jour, les mariages espagnols et Cracovie. Les chambres pourront juger pièces en mains, et la lice est ouverte. Assurément, par sa gravité, le débat sera digne de la France. Personne n’oubliera sans doute qu’un peuple voisin, qui nous a précédés dans la pratique du gouvernement représentatif, prêtera plus que jamais une oreille attentive à nos paroles. Il parait que de l’autre côté du détroit, loin de vouloir nous devancer, on nous attend. C’est seulement lorsque dans les deux chambres françaises la question espagnole aura été traitée, approfondie, qu’elle sera agitée au parlement anglais. Lord Palmerston se réserve de régler son langage sur celui de M. Guizot. Quant aux vivacités excessives qui pourraient être dirigées contre l’Angleterre du sein des chambres françaises, il y a certains changemens de situation qui nous rassurent. Les orateurs qui, au nom du gouvernement, défendront la politique suivie dans les mariages espagnols, n’auront pas à se faire violence pour parler de l’Angleterre avec une modération pleine d’estime, et il est probable que les paroles les plus vives et les plus acérées qui pourront être prononcées du côté de l’opposition ne s’adresseront pas cette fois à lord Palmerston.

Avant tout débat, les documens communiqués aux chambres par M. Guizot commenceront à former la conviction des esprits impartiaux et calmes. C’était bien réellement, comme dès le principe nous l’avons appris à nos lecteurs, c’était bien dans l’intention de déterminer le gouvernement français à renoncer au mariage de M. le duc de Montpensier, que lord Palmerston écrivit sa dépêche du 22 septembre au marquis de Normanby. Qu’on ne l’oublie pas : voilà le point de départ de la question. Non-seulement lord Palmerston fait contre le mariage d’un prince français avec la sœur de la reine Isabelle une protestation formelle, mais il a peine à croire qu’on puisse persister à l’accomplir ; mais il exprime l’espoir fervent, comme nous l’avions dit, qu’il ne sera pas mis à exécution. Nous n’avons pas à revenir sur la note par laquelle, le 5 octobre, M. Guizot répondit au ministre whig ; nous en avons fait connaître à nos lecteurs l’esprit et la substance. Quelques jours après avoir rédigé cette dépêche, le 11 octobre, M. Guizot