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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 janvier 1847.


Sur les deux points principaux des mariages espagnols et de l’affaire de Cracovie, le discours de la couronne est explicite et ferme. Pouvait-il en être autrement ? Comment dissimuler l’importance politique qui s’attache au mariage de M. le duc de Montpensier ? C’eût été, nous l’avons dit, se désarmer de gaieté de cœur, que de ne pas insister sur les graves intérêts qui avaient déterminé le gouvernement à prendre un parti décisif. Quant au coup d’état qui a frappé Cracovie, comment le gouvernement qui avait protesté contre cette infraction au droit public européen n’eût-il pas appris sa protestation aux chambres et au pays ? Ne devait-il pas cette satisfaction aux sentimens unanimes que la résolution des trois puissances avait inspirés ? A ne considérer même les choses qu’au point de vue de l’attitude du cabinet, n’était-il pas de son intérêt de prendre l’initiative ? En général, le discours a été trouvé habile. Les choses s’y tempèrent, s’y atténuent les unes par les autres. Si le discours parle du mariage de M. le duc de Montpensier comme d’un nouveau gage des bonnes et intimes relations qui subsistent depuis si long-temps entre la France et l’Espagne, sans faire mention des ombrages de l’Angleterre et de notre alliance avec elle, aussitôt après il est question du concert du gouvernement français avec celui de la Grande-Bretagne dans les affaires de la Plata. Nous retrouvons le même équilibre dans le soin que l’on a pris de faire précéder ce qui concerne Cracovie d’un paragraphe sur le traité de commerce que la France vient de conclure avec la Russie. Il y a dans le discours de la couronne, dans l’économie de ses diverses parties, de l’adresse, de la fermeté, de la modération. Le discours est ferme, puisque quelques personnes, dont nous ne partageons pas le jugement, y ont vu presque une sorte de défi jeté à l’Europe ; nous n’avons pas besoin d’insister sur la pensée pacifique qui l’a dicté, pensée qui est au fond celle de tout le monde en Europe.

Seulement moins que jamais la paix générale ne saurait avoir ce caractère