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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/366

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— « Sire (et les yeux troublés de l’enfant, ses grands yeux
« Brillèrent, de malice et d’espoir radieux),
« J’obéis : donc, seigneur, que votre complaisance
« Joigne à l’Étang-au-Duc votre Étang-de-Plaisance.
« Le jour où les deux lacs s’uniront, je prendrai,
« Unie à vous, l’anneau nuptial et sacré.
— « Par les saints ! c’est trop peu demander, ô princesse !
« Pourtant, à moi mon œuvre ; à vous votre promesse ! »
Et, d’un air de vainqueur regagnant son manoir,
Le noir baron pressait aux flancs son coursier noir.


III.


O sort ! ô changemens des choses et des âges !
Un double étang couvrait jadis ces marécages,
Sur leur bord un manoir s’élevait crénelé :
Le haut manoir n’est plus, un étang s’est comblé ;
Et le profond canal dont l’habile structure
Vint unir ce qu’avait séparé la nature,
A peine le chasseur, dans ces joncs égaré,
En distingue sous l’herbe un vestige ignoré ;
Grande œuvre par l’orgueil péniblement construite,
Mais que maudit l’amour et par le temps détruite !


IV.


Dames et chevaliers, artisans et vassaux,
Du manoir de Plaisance inondent les préaux :
L’évêque est sous un dais avec tous ses chanoines ;
Dans la foule reluit le front chauve des moines ;
Les sonneurs sont aussi venus et les jongleurs.
Pour le maître du lieu, sous un arceau de fleurs,
Debout et rayonnant, il contemple en silence
Une barque dorée et que l’étang balance.
C’est qu’un puissant travail, et des maîtres vanté,
Aujourd’hui s’inaugure avec solennité :
Tous sont priés, et noble, et bourgeois, et manœuvre ;
Et monseigneur de Vanne a voulu bénir l’œuvre.
Çà donc ! joyeux sonneurs, cornemuses, haut-bois,
Harpes des anciens jours, éclatez à la fois !
De sa cour entouré, le bon duc de Bretagne
Vous arrive, et Lina, sa fille, l’accompagne ;
Et, par ce jeune bras soutenu, le vieux duc,
Sous l’or de son manteau chancelant et caduc,